lundi 20 février 2017

Preview – Tremors 6


Tenir un blog, ce n'est pas juste écrire de nouveaux articles mais parfois (souvent) revenir en arrière encore et toujours, afin de s'assurer que tout reste en ordre. Vérifier que les images soient toujours hébergés, que les textes ne conservent pas des fautes d'orthographe oubliées, que la mise en forme des articles soit correcte et lisible, que les vidéos soient toujours disponibles ou qu'il n'y ait pas d'erreur dans les dates. Un boulot chiant et compliqué, de plus en plus long avec le temps et, qui plus est, vous force parfois a revenir sur des choses que vous ne souhaitez pas nécessairement revoir.
Outre une certaine rubrique "artistique" bien précise que je ne nommerai pas, l'une des choses qui m'apparaît comme désagréable est la multiplication de billets "previews" de 2007/2008. Des messages simples et rapides à écrire, que je pouvais enchainer quotidiennement pour remplir L'Imaginarium (alors le Fantastic Club) et amuser mon petit lectorat, principalement composé de mes proches et amis d'alors. J'imagine que j'étais jeune et que je voulais écrire sans nécessairement me casser là tête, me réservant les véritables chroniques de films et de livres pour cela.
Résultat, maintenant que cette époque est dépassée, tout ceci me semble inutile, trop simpliste, sans intérêt. Il faut dire que je reprenais les news d'autres sites comme DevilDead ou Bloody Disgusting, y ajoutant juste mon avis, des connaissances ou des images, sans y apporter quoique ce soit pour autant.


J'hésite parfois à supprimer ces articles et il y en a encore tout un tas qui n'ont pas rejoint la version actuelle du blog, puisqu'ils ne sont pas une priorité. D'ailleurs passé les premiers mois de 2009, il n'y en a plus jamais eu d'autres si ce n'est occasionnellement (sur Dredd 3D, sur Violent Shit: The Movie, plus récemment sur Shin Godzilla et Death Race 2050), et aujourd'hui un réseau comme Facebook sert beaucoup plus simplement à transmettre les informations de ce genre. On repartage le lien, on laisse peut-être un commentaire, et ça suffit bien comme ça.
Pourtant, une fois de temps en temps, parce que je n'ai rien d'autre à faire ou parce que la nouvelle est intéressante, je me surprends à vouloir écrire quelques mots à propos de telles ou telles choses. Juste de quoi transmettre mon intérêt pour X sujet. Ou peut-être parce que je vois a quel point je suis moins productif qu'avant, moins que mes collègues, et que la solution de facilité se fait séduisante.
Dans tous les cas je ressuscite temporairement cette vieille rubrique juste le temps de pondre quelques mots à propos de Tremors 6. Parce que pourquoi je ne parlerai pas de Tremors 6 ?! J'ai été parmi les premiers à parler de Tremors 5 (et un des seuls à l'avoir apprécié) et je m'imaginais déjà d'un improbable nouvel opus alors.


Alors non, contrairement à ce que je m'inventais, cette nouvelle suite ne ramène pas Kevin Bacon ou Fred Ward et il faudra se contenter de Michael Gross pour une nouvelle aventure en solo. Cela me convient très bien, d'autant qu'il est toujours question d'un "reboot" de la franchise sous forme d'une série télé. Un Tremors 2 parallèle, se déroulant toujours après l'original mais ignorant les suites DTV (et la première série faisant suite à Tremors 3) pour favoriser sa propre intrigue, avec Bacon dans le rôle principal. L'acteur a plusieurs fois évoqué son intérêt pour revenir à la saga, et bien qu'il n'y ait toujours rien de concret à ce propos, il n'y a pas non plus de rumeurs d'abandon.
C'est probablement parce que le film précédent à plutôt bien marché que les producteurs ont décidé de ne pas attendre pour en faire un autre. Car après tout, il est peu probable que la carrière DTV des Graboids se poursuivent s'ils se retrouvent ensuite sur Netflix avec une célébrité parmi eux. En tout cas c'est la première fois qu'un Tremors est mis en chantier aussi rapidement: 6 ans entre les deux premiers, 5 entre le second et le troisième, 11 entre le quatrième et le cinquième ! Seule la période Tremors 3-4, avec la série entre les deux, peut se vanter d'une aussi rapide succession d'épisodes.


Mais enfin, assez parlé pour ne rien dire et explorons les dernières informations en dates. Tremors 6, actuellement en production même si le tournage semble s'être terminé il y a quelques jours, est essentiellement conçu par la même équipe que le précédent.
Outre les différents techniciens évoqués par Michael Gross lui-même sur son profil Facebook, on y retrouve le même réalisateur (Don Michael Paul, également responsable des deux derniers Sniper, franchise sur laquelle il me faudra revenir un de ses jours, de Un Flic à la Maternelle 2 avec Dolph Lundgren et apparemment toujours pressenti pour faire Death Race: Anarchy, le 4ème volet du reboot de Paul W.S. Anderson. Ce qui n'a aucun sens puisque Death Race 2050, véritable remake de l'original, vient de sortir il y a peu. Probablement une erreur d'IMDB.com, j'imagine que le site était trop occupé à supprimer sa fonction "message board" pour faire chier ses utilisateurs) et le même scénariste.
Leur histoire, que l'on nous promet comme le film le plus fou et le plus "over-the-top" de toute la saga, raconte comment Burt Gummer et son fils Travis Welker, présenté dans le dernier volet, poursuivent leur chasse aux Graboids ensemble. Cette fois c'est au Canada que les monstres préhistoriques ont été signalés, et le duo s'aventure jusque dans la toundra arctique pour les traquer, remontant la piste jusqu'à un étrange bâtiment isolé en pleine nature. Pour Burt cela ne fait pas de doute: il s'agit d'un laboratoire dans lequel on expérimente sur les bestioles, pour les transformer en armes de guerre !


Tremors s'aventure donc sur le territoire d'Alien avec cette intrigue (rappelons aussi qu'il s'agissait d'une idée pour Jurassic Park 4 qui n'a finalement pas été retenue, Tremors 5 ayant quant à lui vu le jour grâce à la sortie de Jurassic World) et va probablement montrer Burt et son rejeton se battre contre une compagnie similaire à la Weyland-Yutani, qui pense pouvoir contrôler les créatures et en faire des armes biologiques. Et pour ne rien arranger, le scénario s'inspire également de New York 1997 en contaminant son héros avec du venin de Graboid: il ne dispose que de 48 heures pour trouver un antidote, et d'après le synopsis la conception de celui-ci semble nécessiter de... traire un Graboid !
Plutôt délirant effectivement, et on imagine déjà les possibilités qu'offrent ces monstres modifiés. Chaque épisode créant son lot de nouvelles bestioles ou de variation autour de l'espèce, on ne peut qu'imaginer ce dont il va être question ici (outre un Graboid venimeux visiblement). Le Canada n'ayant jamais été exploré dans la série, aurons-nous droit à une version encore différentes des monstres comme dans l'épisode précédent, ou s'agira t-il des originaux avec des rajouts organiques ou cybernétiques ? J'adorerai une sorte de vers cyborg à la Mecha-King Ghidorah, où seules ses langues-serpents seraient mécanisées...


L'annonce fait clairement état de Graboids et de Ass-Blasters. Il serait dommage de perdre le Shrieker, déjà absent des derniers films, mais il faudra attendre pour voir. Pour conclure mentionnons que le tournage fut assez mouvementé pour que Michael Gross s'y casse une dent (mais vu son âge il aurait très bien pu trébucher en se levant du lit) et que celui-ci s'est déroulé en Afrique du Sud, probablement dans les mêmes zones que pour Tremors 5. Difficile d'imaginer la toundra glacée avec le décors d'un autre continent mais pourquoi pas.
Cela aura le mérite de donner du boulot à quelques acteurs de là-bas, comme la sexy Tanya van Graan (vu dans Death Race 2 et 3, dans des rôles différents, et Starship Troopers 3),  Rob van Vuuren (déjà au générique de quelques série B tournée en Afrique, comme Shark Attack 2 et The Bone Snatcher) et Greg Kriek, un blondinet avec une tronche assez improbable. Le personnage de Travis est quant à lui toujours interprété par Jamie Kennedy, dont je disais récemment le plus grand bien dans ma chronique de The Sand. On croise les doigts pour que le film soit aussi sympa qu'il en a l'air, même si j'espère qu'on s'évitera quelques gags stupides à base de pipi comme la dernière fois...

 

lundi 13 février 2017

Color Me Blood Red (1965)


Color Me Blood Red
(1965)

"There's just one problem with painting like that.
The undertaker has to finish it for you."


Il y a une raison si Color Me Blood Red n'est pas aussi reconnu que Blood Feast et Two Thousand Maniacs ! Il y a une raison pour laquelle on en parle beaucoup moins et que l'étiquette "historique" ne lui colle pas autant à la peau que ses prédécesseurs. Car le fait est que, contrairement aux premiers opus, cette nouvelle tentative est un échec complet, à la fois un mauvais film, un mauvais Gore et une conclusion un peu amère à la Blood Trilogy puisque marquant la séparation du duo H.G. Lewis / David F. Friedman. Pas étonnant quand on voit à quelle vitesse les compères ont mis en chantier ce troisième essai, ne prenant guère le temps d'y réfléchir: ainsi plutôt que de paraître comme une suite logique de leur œuvre, Color Me Blood Red ressemble au contraire à un grand pas en arrière !
Conçu aussitôt Two Thousand Maniacs ! sur les écrans, le film souffre d'une naissance précipité et d'emblée on ne peut pas dire que le sujet choisi soit le plus intéressant – l'histoire d'un peintre fou qui utilise le sang de ses victimes évoque bien quelques gerbes d'hémoglobines ici et là, mais rien de particulièrement graphique.
Qui plus est cette intrigue est une reprise à peine déguisée d'une production culte de Roger Corman. C'est bien sûr A Bucket of Blood, avec le génial Dick Miller dans le rôle d'un sculpteur fou qui fabriquait des statues à partir de cadavres, tuant toujours plus pour créer de nouvelles œuvres. Une relecture assez simple qui ne change que le support (la toile plutôt que l'argile) sans rien apporter de neuf. Par rapport à la réinterprétation délirante de Brigadoon de la dernière fois, c'est peu inspiré et bien moins excitant.


L'intrigue raconte comment un peintre, Adam Sorg, fini par sombrer dans la folie homicide. Peu aimable, l'artiste est arrogant, égocentrique, mal élevé et gueulard. Il ne se soucis pas d'autrui et certainement pas de sa compagne, qui doit faire avec son comportement détestable et pense déjà au divorce alors qu'elle n'est même pas encore mariée avec lui ! Son seul allié est Farnsworth, gérant d'une galerie d'art qui expose ses œuvres à toute la ville ainsi qu'à Gregorovich, un critique de renom. Seulement voilà, celui-ci considère que les derniers travaux de Sorg sont médiocres: son utilisation des couleurs notamment, est particulièrement insipide.
Blessé dans son orgueil mais tout en restant d'accord avec ces reproches, le peintre commence à devenir de plus en plus asocial tandis qu'il cherche désespérément une solution à son problème. Et celle-ci lui arrive par un accident tout bête, lorsque sa future ex-épouse se blesse avec un clou en voulant ramasser un cadre qui trainait. Son sang coule sur la toile, et la couleur vive qu'elle y laisse va raviver la flamme créatrice de l'artiste: inspiré, il livre un tableau sombre et horrifique qu'il recouvre ensuite de ses propres globules rouges pour en renforcer l'impact. Hélas la tâche est exténuante et il comprend avec dépit qu'il sera incapable de mener cette nouvelle tâche à bien. Jusqu'à ce que son obsession lui fasse perdre pied avec la réalité et que, dans une crise de démence, il assassine sa belle. Cachant le corps, il utilise néanmoins son sang pour compléter son œuvre et part l'exposer.
Le succès est immédiat seulement voilà, Gregorovich n'est pas persuadé que Sorg a retrouvé tout son talent et lui commande un nouveau travail...


Du déjà vu effectivement, et pourtant le manque d'originalité est loin d'être le seul soucis du film. Le fait est qu'il n'y a pas d'évolution visible (technique comme artistique) entre Two Thousand Maniacs ! et Color Me Blood Red, contrairement aux deux autres. L'amateurisme total d'un Blood Feast était pardonnable car jouant pratiquement en faveur du film, totalement "autre", innovant et anarchique. Seule comptait le grotesque et le reste était vite oublié. Le second volet était un bond en avant tant dans les ambitions que dans la réalisation. Le film paraissait plus grand, plus fort, avec plus de monde et une meilleure maitrise sur à peu près tous les plans.
Ici on retrouve une histoire de petite ampleur qui évoque pratiquement un remake de Blood Feast (un tueur seul qui massacre plusieurs femmes au nom d'une obsession) mais avec un nombre de personnages et de décors encore plus réduit. Le nombre d'atrocités affichées à l'écran est lui-même rabaissé à seulement quatre meurtres, ce qui semble trop peu au regard des attentes que l'on pourrait avoir d'un tel film (surtout arrivé au troisième épisode), et la déception frappe tant le niveau de Gore parait inégal et bien moins fou qu'autrefois.
En fait plutôt que d'être une nouvelle étape dans le genre, Color Me Blood Red aurait fait un parfait chainon pour lier Blood Feast et Two Thousand Maniacs !, puisque reprenant une intrigue simple de tueur en série tout en introduisant des meurtres de plus en plus extravagants et surréalistes, commençant simplement (un coup de lame en plein visage) pour partir sur des délires qui aurait pu préfigurer les spectacles des fantômes Sudistes (la joute équestre en hors-bord, un harpon remplaçant la lance).


Mais le plus frappant, dans cette baisse de qualité générale, ne vient même pas du sujet ou de son traitement, mais bien de la mise en scène. On savait que Lewis était un mauvais réalisateur, cependant il était jusqu'ici capable du strict minimum et ses films restaient parfaitement regardables même si très ringards. Ici on frise l'incompétence, comme si le bonhomme avait oublié toutes notions de cinématographie: de nombreuses fois la caméra ne fait pas de mise au point et rend l'image complètement flou, le cadrage est hasardeux et semble parfois se corriger, ne parvenant pas toujours à suivre l'action au bon moment, enfin toutes les scènes tournées au bord de l'eau sont absolument inaudible car le bruit de la mer prend le pas sur les dialogues. Un soucis aggravé par le montage, la post-synchronisation n'est pas du tout raccord avec les mouvements de lèvres, et demeurant trop basse pour que l'on entende quoique ce soit !
A sa décharge il est connu que le tournage en lieu aquatique n'est jamais simple, et la tâche a dû s'avérer particulièrement difficile pour lui, l'homme n'ayant probablement pas mesuré lorsqu'il a écrit le scénario. En revanche sur la terre ferme, ce n'est pas bon non plus: la caméra est évidemment statique avec généralement deux angles de vue utilisés (un large, un serré), et si d'ordinaire il trouve son inspiration lors des séquences sanglantes, cherchant le cadrage ou le détail qui dynamisera le tout, ce n'est cette fois pas du tout le cas.


A la manière de son antagoniste, un peintre dont les tableaux sont fades et qui ne parvient plus à exprimer quoique ce soit à travers son œuvre, Lewis paraît être incapable d'insuffler la moindre énergie à son film et c'est tout le Gore qui tombe à plat. L'auteur livre un film creux qui n'aura pas impressionné grand monde. Et malheureusement pour lui, le montage est loin d'arranger les choses...
Pourtant confié au même type qui s'était occupé des deux productions précédentes, celui-ci aussi semble ne plus se souvenir de son métier, assemblant les séquences à l'aide de raccords bancals, notamment dans les fondus enchainés (ellipses et transitions) qui donnent l'impression que les images sont littéralement entrain de fondre devant nous !
Non content de ramollir le rythme du film, qui met trop longtemps a démarrer, il égraine les scènes de mort ici et là et ces quatre malheureuses petites horreurs ne paraissent intervenir que très peu, comme si elles étaient anecdotiques. Difficile de croire que le film se traine avec ses 80 minutes, et pourtant ! Alors, comme pour nous tenir éveillé, il a été choisi de caviarder le film de cette improbable musique, du genre fond sonore pour cabarets des années 60. Totalement frénétique, envahissante et à côté de la plaque, elle joue constamment, hurle, presque, et ne laisse jamais la place à l'ambiance. Disons-le clairement: il s'agit de l'un des pires défauts du film.
Lewis lui-même a été horrifié en découvrant le produit final, et pour cause: celui-ci lui a totalement échappé et rien de ce qui fut assemblé n'était de son propre choix.


L'explication se trouve en fait dans une sombre histoire de fric et de poursuites judiciaires qui a totalement chamboulée la post-production. Après un tournage déjà compliqué et peu motivant, Lewis et Friedman se sont retrouvés confrontés à leur vieux partenaire Stan Kohlberg, un propriétaire de Drive-In et de petites salles avec qui ils avaient un deal. Comprenant sans doute que l'entreprise des deux compères était plus fructueuse que prévu, il tenta de les poursuivre pour manquement sur reversements d'argent, ce qui se régla au tribunal au détriment de Color Me Blood Red. Car le film, tout juste dans la boite, est foutu au placard pendant près d'un an, le Parrain du Gore n'ayant pas le droit d'y toucher. C'est Robert L. Sinise, déjà monteur sur Blood Feast et Two Thousand Maniacs !, qui va s'occuper de le mettre en forme, seulement voilà: celui-ci n'est pas exactement un monteur (editor), c'est-à-dire un technicien qui prend ses propres décisions lors de son boulot, avec une approbation éventuelle du réalisateur derrière, mais un "coupeur" (cutter). Quelqu'un qui monte un film comme robot, se contentant de suivre les ordres du metteur en scène. Seul aux commandes, Sinise s'est alors laissé aller à faire un peu tout et n'importe quoi, ne possédant pas de véritables connaissances sur ce qui fait un film.
Le réalisateur récupéra le résultat bien plus tard,  et de son propre aveu en fut désespéré. "Color Me Blood Red is not worth watching, in my opinion." dira t-il, essayant même un temps de renier la chose.


Des comme ça il y en a plein, expliquant facilement pourquoi ce troisième volet Gore est un échec complet. Car l'expérience fut entachée par tout un tas de problèmes dès la mise en route du projet, avec par exemple l'interdiction de tourner dans les mêmes zones qu'auparavant et obligeant l'équipe à trouver de nouveaux lieux au dernier moment. La raison ? Parce que Blood Feast avait mauvaise réputation auprès des quelques personnes et que ceux-ci ne voulaient absolument pas qu'une autre aberration de ce genre soit réalisée près de chez eux. Il y a aussi les problèmes techniques pour les effets spéciaux, entre un caméraman pas foutu de capturer un joli jet de sang lors de l'empalement au harpon, ou une décapitation en pleine mer qui devait être simulée avec une crâne de vache... qui a coulée si vite que Lewis n'a même pas eu le temps de dire "action" !
Et puis, bien sûr, il y a eu la défection de Friedman. Celui-ci, peu emballé comme son partenaire par la mauvaise tournure que prenait Color Me Blood Red, en vint à se dire que le genre était dépassé, plus assez intéressant à explorer et à exploiter. Nul doute que les déboires judiciaires ont dû le conforter dans son idée de s'éloigner du Gore une bonne fois pour toute, mais il y a fort à parier que l'ambiance ne devait pas être terrible même avant cela. Et c'est dommage car tout n'était pas à jeter dans cet ultime épisode. Noyés dans le mauvais sang surnagent quelques éléments sincèrement sympathiques, ou assez intéressant pour être évoqués, à commencer par l'interprète d'Adam Sorg.


Car à la surprise générale, Gordon Oas-Heim se révèle être un véritable comédien là où ses prédécesseurs ne l'étaient pas du tout. Vraiment doué, même si peu aidé par un rôle qui lui demande de tirer rapidement la tronche lorsqu'il passe en mode "maniaque", il convainc très bien en auteur prétentieux rabrouant son entourage, et livre quelques monologues plutôt accrocheurs (son dernier discours, à la toute fin). La meilleure scène du film, vers le début, le montre se rendre à la galerie tandis que Gregorovich y critique une de ses œuvres. Ne prêtant aucune attention au public, il entre bruyamment dans la salle, saute sur la scène et change de sens l'un des tableaux accroché dans le décors, comme pour affirmer son sens artistique. Il se confronte ensuite au critique tandis que Farnsworth, sans un mot, va discrètement remettre la toile telle qu'elle était avant.
C'est discret, simple, mais ultra efficace et preuve qu'il y avait là plus de jeu d'acteurs que dans les deux Gores précédents ! L'homme affiche également une mine particulière, peut-être pas aussi folle que celle de Fuad Ramses mais assez pour faire effet.
A ses côtés quelques revenants,comme Scott H. Hall, l'un des abominables flics de Blood Feast, et Jerome Edem, qui était l'écartelé de Two Thousand Maniacs ! Leur présence assure un minimum de liens avec les premiers opus et permet de ne pas se sentir trop dépaysé. L'héroïne, avec sa choucroute sur la tête, fait plutôt regretter Connie Mason mais au moins elle à l'âge de son personnage et porte un maillot de bain.


Question Gore on retient quand même quelques morceaux. Il y a cette introduction où Farnsworth brûle un tableau, la chaleur faisant gondoler la toile qui libère alors un flot de sang. Une amusante transition passe de la bouillie d'hémoglobine que Sorg utilise au vernie à ongles rouge qu'utilise une bourgeoise pour se repeindre les pieds. Si le premier meurtre est raté (un couteau planté quelque part entre l’œil et la tempe, on ne sait pas trop), il faut voir l'artiste attraper le corps pour frotter la tête ensanglantée contre le papier, utilisant le visage comme une brosse !
Plus fou: lorsqu'un couple lui emprunte ses pédalos pour une petite promenade, il les traque au bateau moteur, harpon à la main, et va heurter l'un d'eux de plein fouet tel un chevalier en plein tournoi. La victime agonisant, il rebrousse le chemin pour lui passer dessus et le déchiqueter avec l'hélice du moteur (la fameuse décapitation ratée). Sa copine, on la retrouve crucifiée dans son atelier, éventrée. Elle est devenue une poche de sang au sens propre, Sorg attrapant les viscères à pleines mains qu'il presse ensuite comme un citron pour en extraire le fluide vital ! Sans doute le moment d'anthologie du film, même s'il faut aussi mentionner un cadavre déterré qui exhibe un visage rongé par les vers, tenant presque de Lucio Fulci, l'autre Parrain du Gore.
On retrouve également un aspect proto-Slasher avec le concept du groupe de jeunes qui se rend à la plage pour s'amuser, inconscient qu'un tueur rôde dans les parages. A tel point, en fait, qu'il est étrange que Lewis n'ait pas eu cette idée en écrivant le script, laissant toute la bande survivre et ceci malgré la présence d'un couple beatnik insupportable, victimes toutes désignées pour l'assassin.


Il faut les voir se trémousser ridiculeusement en portant des perruques de clowns ou en fumant la pipe à bulles. S'habillant à l'identique comme des jumeaux, ils parlent avec un horrible (et très faux) accent snobinard censé représenter la jeunesse des années 60. L'un d'eux va pourtant lâcher LA réplique culte du film: exhumant le corps d'une victime, enfoui sous la plage, le garçon va reconnaitre un membre humain et paniquer en comprenant qu'il s'agit d'un cadavre. "Holy bananas ! That's a girl's leg !" s'exclame t-il comme s'il se trouvait dans un sitcom. Burt Ward n'aurait pas fait mieux.
Mentionnons également un script en miroir avec Blood Feast puisque l'on en retrouve quelques idées très similaires: les deux films s'ouvrent avec une étrange musique de tambours (ici plus rythmée) et on note le même rapport entre l'assassin et la mère de l'héroïne. Dans l'original, la maman commandait un repas à Fuad Ramses et celui-ci finissait par vouloir sacrifier sa fille comme dernière victime. C'est la stupidité de cette dernière qui faisait capoter son meurtre puisqu'elle ne tenait pas en place. Ici une dame, admirative du peintre, tente comme elle peut de lui acheter une de ses œuvres. C'est sa fille qui deviendra la dernière proie de Sorg, mais elle échappera à la mort entre autre parce qu'elle ne peut s'empêcher de jacasser et de stresser l'artiste qui ne sait plus comment s'y prendre pour la mettre à mort.
Un dernier mot, peut-être, pour les tableaux de sang: parce que Gordon Oas-Heim n'était pas peintre, Lewis a récupéré divers dessins et peintures pour remplir la demeure de l'antagoniste. Naturellement, aucun d’entre eux ne sont du même style, Sorg devenant à la fois un expressionniste, un impressionniste et un naturaliste.


Autant dire que ses "chefs d’œuvres" sont tout bonnement horribles, surtout parce qu'il les badigeonne tellement de sang qu'on ne peut plus voir quoique ce soit ! Un gâchis presque, tant son premier essai n'est pas si mal: partant d'un banal croquis de jeune femme, il termine par une représentation réaliste du meurtre de sa compagne, tandis qu'un monstre inhumain se cache dans l'ombre, symbolisant probablement sa propre monstruosité.
Personnellement j'aime plutôt le second, représentant un monstre marin dévorant un nageur. Une sorte de créature dont la queue de poisson se termine inexplicablement par une jambe de femme, portant même un talon aiguille ! Symbolisme de la femme castratrice ? Cette idée il l'a en observant rageusement un couple bronzer sur la plage, juste sous sa fenêtre, et peut-être planifiait-il déjà de les tuer sur un plan d'eau comme ça sera le cas. De façon amusante, il n'y pas d'ultime ouvrage. Sorg semble victime de la toile blanche, comme s'il n'avait pas d'inspiration avant de trouver sa victime en chair et en os. Figurativement parlant, il n'a absolument rien dans la tête, et c'est ironiquement comme cela qu'il fini: la cervelle explosée par un coup de feu, son corps tombant sur le tableau, tête la première !
Intéressant, même s'il est peu probable que Lewis ait véritablement songé à ces détails lorsqu'il a écrit le scénario. A vérifier peut-être avec la novélisation, dont il est encore une fois l'auteur et qui ait même sortie bien avant le film ! Conçu en 1964, celui-ci ne paraîtra sur les écrans qu'un an plus tard, sans grand succès. D'ailleurs, des premiers Gore, il est le seul à ne pas connaitre de suite ou de remake, ce qui est assez significatif.


Encore que, quelques internautes jurent avoir croisés sur leur route un étrange Color Me Blood Red... Again, il y a longtemps, lequel n'a jamais été retrouvé par la suite. Aucune trace de celui-ci nulle part, même sur Internet, pourtant les témoins affirment avoir trouvé quelques informations depuis: il s'agirait d'une ignoble production vidéo de 1991, tournée au caméscope par un certain Zachary Winston Snygg (alias John Bacchus, auteur de Play-Mate of the Apes, Mistress Frankenstein, des Erotic Witch Project et autres Z trouvables chez Seduction Cinema) et distribué en son temps via E.I. Independent Cinema. S'il est vrai que cette compagnie a sorti la plupart de ses réalisations, et que ses plus vieux films, amateurs, sont introuvables mais existant, il n'y a rien qui prouve que celui-ci soit réel, ni même qu'il y ait le moindre lien entre cette "suite" et l'original hormis le titre.
Voilà cependant une rumeur intéressante et un nouveau titre a inscrire sur ma liste de films plus obscur qu'obscur, juste à côté de Cannibal Mercenary 2. Je pourrais dire qu'on en entendra jamais parler, mais après avoir réussi à mettre la main sur la suite de Story of Ricky pour le dernier Vidéotopsie, on ne sait jamais !

"Listen pal, you'd be rude too, if you saw your girl tied up,
and a man with an axe in one hand and a bloody mess in the other !"



GALERIE

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vendredi 10 février 2017

[Ciné] Lego Batman, le Film


Lego Batman, le Film
The Lego Batman Movie (2017)
Mega CGR Centre, Tours (37)


De toutes les références lancées à la tronche des spectateurs (et il y en a des tonnes), s'il y en a bien une à laquelle je ne m'attendais pas, c'est celle sur Gymkata. Bon sang, je dois être le seul de tout le département à avoir vu Gymkata... Est-il fou d'espérer un Lego Gymkata, maintenant ?

Allez voir Gymkata !!!


jeudi 9 février 2017

iPOP Zombies

IT CAME FROM THE 5th DIMENSION !


Schylling
iPOP Zombies
(2013)


Et encore un petit gadget de bureau, parce que c'est à peu près tout ce que je peux me permettre en terme de collectibles ces temps-ci. Il s'agit cette fois d'adorables petits morts-vivants en plastique mou, que l'on peut serrer très fort afin d'activer leur particularité: cela fait jaillir leurs yeux hors de leurs orbites, et le cerveau de la boite crânienne ! Squishy toys. C'est le terme anglo-saxon et je ne suis même pas sûr qu'un équivalent existe dans la langue de Molière. Le concept est similaire aux petites balles anti-stress, encore que la qualité des matériaux fait qu'une utilisation prolongée détériorerai la figurine très rapidement. Comme je l'ai dis: gadget.
On doit ces mini créatures à la compagnie anglaise Schylling, un fabriquant de jouets et accessoires de petites importances dans le même genre (mais également distributrice de Nanoblock sur leur territoire, comme quoi, tout se rejoint), cependant leurs zombies sont du pur Made in China: construit à Dongguan, comme l'atteste le tampon sous leur pied. Autant dire que le produit n'est pas particulièrement séduisant dit comme ça et nombreuses sont les marques qui vous proposeront mieux dans le registre zombies rigolos (Zombiezz, Zombie Zity et les produits dérivés de Plants vs. Zombies, entre autres). Mais très honnêtement, difficile de repousser ces iPOP Zombies lorsqu'on les croises. Je veux dire, regardez-les !



iPOP constitue une ligne de jouets plutôt conséquente pour Schylling et il n'y a qu'à visiter leur site pour découvrir une nombre impressionnant de variations autour de ce concept: robots, crânes, dinosaures, parachutistes (?) et animaux divers. On trouve même de craquantes statuettes Tiki et des petits "monstres" qui provoque plus l'attendrissement que l’effroi. Toutes des bestioles à gros yeux qui fonctionnent de la même façon: flexibles, il faut les presser comme des citrons pour voir leurs globes oculaires (et autres éléments) jaillir de leurs corps. Une idée parfaite pour un jouet Gore, même si la compagnie ne cherche pas à taper dans l'horreur absolue. Cela reste un produit pour les bambins ou pour décorer son bureau sans choquer les prudes collègues.
iPOP Zombies est ce qui s'en reproche le plus toutefois, ne serait-ce parce l'idée reste d'écrabouiller des corps en putréfaction à en faire éclater leurs têtes, avec les yeux et la cervelle sautant comme des bouchons de champagne. Mais bien évidemment les créatures sont très sobres et n'abordent ni plaies ouvertes, ni moignons sanglants, sauf pour ce qui est du crâne ouvert laissant le cerveau à l'air libre, bien entendu (on trouvera toujours des parents pour s'en plaindre). C'est mieux que rien et comme pour les iPOP Monsters, la bouille adorable de ces zombies aux yeux globuleux suffira à vous faire craquer.



Mesurant 8cm (8,5 avec la cervelle), les figurines existent en trois exemplaires: un individu chauve au cerveau rose-bonbon, sans doute le plus sympathique de la série avec ses yeux rouges, ses dents manquantes et son costume rétro déchiré qui évoque sensiblement les années 70. Et les deux autres, qui hélas sont basiquement le même personnage de jeune garçon pieds nus et en T-shirt jaune. Il y a bien quelques différences dans la sculpture mais elles sont plutôt subtiles (la position des mains et des dents, l'un croise légèrement les pieds par rapport à l'autre) et la coloration ne change pas énormément, les deux zombies possédant des cheveux bruns / châtains plutôt similaire. Les yeux et le pantalon sont différent mais, très sincèrement, personne n'y prêtera attention: c'est le cerveau qui va surtout permettre de les reconnaitre, l'un vert et l'autre bleu, ainsi que les yeux puisque l'un des personnages n'en possède qu'un seul à exorbiter par pression.
En regardant l'illustration du produit, on peut remarquer que l'un d'eux devait porter un veston rouge pour se différencier un peu plus. Le vêtement est bien sur la figurine, mais le producteur a dû penser que ça ne valait pas la peine de dépenser quelques livres de plus pour colorier une surface aussi petite...
Le chauve et le "cyclope" sont donc les plus remarquables, avec un troisième luron plutôt générique et accessoire. A tel point d'ailleurs que le magasin de jouets où je les ai découvert ne l'avait pas en stock. Il faut dire qu'il s'agit de petites babioles à prix réduit vendues près des caisses et, plutôt que d'avoir le présentoir complet, la boutique a préférée les envelopper individuellement dans des sachets plastiques et de les empiler dans un cageot sans y repenser.

https://i.imgur.com/5uBkVQk.jpg    https://i.imgur.com/iveP0L3.jpg

Pas bien grave puisque ce mort-vivant était un poil moins séduisant que ses compagnons et que les trois figurines étant similaire, il ne m'était pas nécessaire à la rédaction de cet article. Car hormis leur look, les iPOP Zombies sont totalement interchangeables car conçus avec les mêmes matériaux, disposant de la même fonction, et dotés de la même forme générale. Jusque dans les petits détails, comme les déchirures sur les vêtements ou les tâches/boutons sur la peau, qui sont globalement les mêmes d'un personnage à un autre.
Quoi que vous choisissiez  votre iPOP Zombie fera bel effet sur votre étagère, car indépendamment de son petit budget et des limites qui vont avec, cette création demeure bien faite. Les sculptures sont détaillées et sans défauts et même si le matériau utilisé soit de faible qualité, il ne se dégrade pas aussitôt manipulé. La peinture déborde ici et là, notamment dans les reliefs, mais ce n'est jamais grossier. Bref, tout gadget qu'il soit, le mort-vivant Schylling s'expose sans problème. D'ailleurs à ce propos, mentionnons un assez bon point: sa taille. Suffisamment grand pour être bien visible, mais pas trop pour être encombrant, l'objet est plutôt parfait en son genre. Pour quiconque regrettant la petite échelle des Zombiezz ou Plants vs. Zombies, iPOP fera un remplaçant parfait et dans le même esprit.


Conclusion, pour quelque chose qui ressemblerait limite à un jouet pour chien qui couine, avec son plastique tout mou, ce n'est pas mal du tout. Bien que la "fonction" de cette gamme soit extrêmement limitée (d'autant que le résultat n'est finalement pas tellement extraordinaire, les yeux étant même déjà dehors), le design général, avec les gros yeux ronds et le teints gris, évoque une parodie cartoonesque des morts-vivants du Zombie de George A. Romero (surtout le chauve en costume, moins coloré que les autres) et rend ces petits monstres très amusants à regarder. Leurs trognes, ainsi que le prix réduit des figurines (environ 5 euros pièce) justifient amplement un achat pour décorer son environnement.
Notons que la compagnie recyclera l'illustration des iPOP Zombies pour un autre de ses jouets, un petit flipper à billes logiquement nommé Zombie Attack ! 


samedi 4 février 2017

The Sand (2015)


The Sand
(2015)


Le Monster Movie est un genre défunt. Non pas parce que plus personne n'en fait, mais au contraire parce qu'il y en a beaucoup, beaucoup trop. Je parle de tout ces téléfilms produits à la chaine pour SyFy Channel ou équivalents, destinés à de multiples rediffusions et envahissant les rayons DTV des supermarchés. Car malheureusement ils sont si formatés qu'ils se ressemblent tous, recyclant les mêmes intrigues, les mêmes défauts: acteurs tapant entre le moyens et le mauvais, péripéties limitées en raison de faibles moyens, montages ineptes, effets spéciaux "en dur" inexistants... Et surtout presque chacun d'entre eux met en scène une ou plusieurs bestioles très moches, entièrement réalisées en CGI hideux (ceux que les plus petits prix peuvent s'offrir), mal animées, mal détaillées, et aux designs sans aucune inspiration.
Certaines créatures se ressemblent d'un film à l'autre au point de semer la confusion. Difficile de différencier un Cerberus d'un Monster Wolf ou d'un Battledogs. Les dinosaures de Planet Raptor, Aztec Rex et Jurassic Attack se ressemblent tous, on mélangerait aisément les araignées de Camel Spiders, Ice Spiders et Arachnoquake, quant aux films de requins, n'en parlons même pas ! Face à la saturation du marché, il devient de plus en plus difficile pour les petites séries B modernes de se faire remarquer. Pour attirer le pigeon, il convient alors de proposer quelques gimmicks pour sortir du lot...


L'un des "trucs" à la mode est de jouer sur le côté rétro, l’autoréférentiel et l'humour volontaire. En gros proposer un film ridicule qui sait qu'il est ridicule. Du nanar préfabriqué, qui attire ceux qui n'y connaissent rien et ne comprennent pas comment un film "so bad it's good" fonctionne. Ce n'est jamais une bonne idée et très rares sont les œuvres qui en profitent. C'est une plaie actuelle dans le cinéma de genre et cela donne naissance à quelques aberrations comme Samurai Cop 2 ou Hobgoblins 2, qui tentent de surfer sur le statut "culte" de leurs prédécesseurs, ou des concepts comme Zombeavers ou Wolfcop où il ne se passe rien hormis deux ou trois scènes qui sont dans la bande-annonce, mais qui misent sur un titre fou et une affiche extravagante.
Le département marketing derrière The Sand tente comme les autres de surfer sur la vague et attire l'attention grâce à un superbe poster qui s'est sûrement fait très remarquer durant les marchés du film. Pratique pour attirer l'acheteur potentiel et trouver un distributeur, mais aussitôt obsolète puisque la jaquette DVD préfère taper dans la classique illustration Photoshop mille fois vu qui se fond dans le paysage du film d'horreur actuel. Des films caméléons en somme.


La tentative d'hameçonnage ne s'arrête pas là puisque l'une des premières versions diffusées porte le titre "nanardesque" de Killer Beach, qui semble avoir été abandonné à un moment durant la production pour favoriser un beaucoup plus discret The Sand. Manque de chance, certaines copie (dont la mienne) portent encore l'ancien écran-titre malgré le changement ! La version télé, ici pour le label "Extreme" de Showtime, tranche la poire en deux en retitrant la chose Blood Sand, ce qui n'est ni trop, ni trop peu, à l'image de l’œuvre elle-même. Du pur médiocre, pas foncièrement mauvais mais loin d'être bon. Quelque chose de regardable et d'oubliable en même temps.
Avec un tel niveau, le film ne risque évidemment pas de briller face à la concurrence et de se noyer dans la masse (un comble pour un film de plage). C'est là qu'entre en jeu son dernier atout, plutôt couillu, qui est de jouer sur une simple rumeur: il s'agirait d'un remake du mémorable Blood Beach. Sauf que oui, mais non. La ressemblance est évidente, entre la créature totalement invisible dont on ne découvre la véritable forme qu'à la toute fin et le fait que les victimes sont dévorées aussitôt qu'elles touchent le sable, mais il ne s'agit pas d'un remake dans le sens technique du terme.


L'histoire se passe en pleine période de Spring Break, après une folle nuit de débauche où la jeunesse américaine fait ce qu'elle sait faire de mieux: se ridiculiser. Ça se dénude, ça se noie dans l'alcool, ça se bat, ça s'insulte, et ça récupère d'étranges cocons visqueux trouvés par hasard. Ainsi ce que l'on suppose être l’œuf gigantesque d'une créature sous-marine est ramené près du feu de camp, sans raison particulière et vite oublié. Le lendemain, les fêtards s'éveillent doucement avec une gueule de bois infernale, s'étant endormis sur une table, une voiture ou autres surfaces artificielles. Ils ne sont plus qu'une poignée, tous les autres manquant à l'appel malgré la présence de leurs affaires laissées en plan.
Bien vite le groupe réalise qu'il y a quelque chose de caché sous le sable. Une substance collante qui fonctionne comme du papier tue-mouches, la proie se retrouvant totalement soudée au sol avant que de petits tentacules ne viennent la dissoudre et aspirer ses restes sous le sable. Les jeunes gens comprennent que la chose qu'ils avaient récupérés vient d'éclore et qu'un ou plusieurs monstres rôdent dans les parage. Incapable de quitter la zone où ils s'étaient réfugiés, ils doivent trouver un moyen de partir, seulement voilà: la voiture n'a plus de batterie, les téléphones sont dans le coffre et aucun promeneur ne semble venir dans les parages. Prisonniers, ils se retrouvent à la merci de la chose mais aussi de la chaleur, du manque de vivres et de leurs propres émotions...


Il y a clairement une volonté de se rapprocher du film de 1981 (concept similaire, affiche similaire, monstre décevant), mais le résultat à l'écran est loin de rappeler ces belles années et il ne suffit que de quelques secondes pour comprendre à que les deux œuvres ne pourraient pas être plus différentes. Plutôt que d'un clone des Dents de la Mer avec une foule personnages et de rebondissements, nous avons ici un huis-clos à ciel ouvert avec l'habituelle bande de petits cons, pour une intrigue qui tiendrait plus du Survival que du Creature Feature. Quant au concept de la créature souterraine, il évoque plus une adaptation du jeu d'enfants hot lava / floor is lava qui consiste à se percher sans jamais toucher le sol, et fait surtout écho au segment du Radeau, dans Creepshow 2.
Tourné en seulement douze jours, The Sand ne pouvait de toute façon pas faire de miracle et ressemble à ce qu'il est: pas un film cinéma, mais un produit destiné à remplir les grilles de programmes de chaines câblées. Le lieu d'action se limite à 3m² de plage, une voiture, une table de pique-nique et une tour de garde déserte, le casting à dix personnes (véridique !) et jamais ensemble en même temps, et la durée générale avoisine les 80 minutes dont il faudrait soustraite quelques instants de remplissage inutile.


Voilà, le ton est donné et d'emblée vous savez si vous rangerez The Sand dans votre liste de priorité. Il n'y a rien de neuf, rien de spectaculaire, rien qui ne vaille la peine de choisir ce film parmi les autres, et l'intrigue n'a aucun rapport avec Blood Beach si ce n'est la notion du monstre sous le sable.
Cependant ! Le film est loin d'être complètement mauvais. Dans son genre il s'applique même un minimum, comprenant qu'il ne pourrait pas captiver l'attention du spectateur sur le long terme avec ses quatre personnes incapables de bouger et son monstre invisible. Du coup le réalisateur cherche l'ambiance et fait sensiblement évoluer les protagonistes avec le temps: ce qui apparait comme un groupe de jeunes détestables, égocentriques et se disant "amis" sans s'apprécier, fini par devenir sympathique au fur et à mesure que l'intrigue avance et que leur nombre diminue.
Les rivales amoureuses règlent leur querelle à coups de poings dans la gueule, le beau gosse macho est très vite mis hors d'état par une sale blessure tandis que la petit gringalet typé friendzone passe l'arme à gauche au moment même où allait passer à l'action et briller face aux autres. Un personnage obèse, qui aurait été sans doute été transparent en temps normal, se retrouve coincé dans un tonneau jusqu'à la taille et incapable de se dégager en raison de sa corpulence, agonise lentement tout le long du film en raison de la chaleur et des rebords en métal coupant.


La bimbo stupide, du genre tellement à côté de la plaque qu'on ne doute pas cher de sa peau, se retrouve avec tout une scène héroïque où elle doit tenir en équilibre sur le rebords externe en plastique d'une voiture, afin d'ouvrir le coffre et de récupérer un téléphone pour appeler de l'aide. Une séquence la montre même tenir un journal, écrivant à sa mère au cas où elle ne survivrait pas.
Enfin, le croiriez-vous ?, la mort des uns affectes les autres, avec plusieurs passages où la tragédie prend le dessus et où les survivants versent des larmes sur les disparus ! Inattendu, choquant, totalement apprécié.
En résulte une certaine dynamique entre les personnages, le script choisissant habilement de donner des moments de bravoures à ceux dont on en attendait pas temps, et mettre de côté quelques autres qui semblaient pourtant sur le point de nous rejouer les clichés habituels. A cela s'ajoute la nature de la menace, créature dont l'invisibilité sert l'intrigue puisque les proies ne savent pas jusqu'où s'étend son influence. La bonne idée est qu'ici, plutôt que d'avoir un monstre qui poursuivrait les promeneurs à la manière d'un Tremors ou d'un Sand Sharks, c'est le moindre contact avec le sable qui est mortel et immédiat. Il y a quelque chose d'assez fascinant à voir l'héroïne passer sa main au-dessus du sol et de voir ces petits filaments en sortir, comme des cheveux translucides, pour essayer de l'attraper.


Il faut admettre qu'il y a une certaine tension, naissant de la surprise de voir comment les protagonistes vont faire pour se déplacer, surtout lorsque l'on réalise que la bête tente de les feinter en bougeant et mettant hors de portées les objets solides qu'ils pourraient utiliser, les obligeant à agir vite. Ça joue les équilibristes sur une voiture ou des poutres en bois, on utilise du lacrymogène pour repousser les filaments, et au final on ne voit pas vraiment ce qu'il est possible de faire pour sauver sa peau.
Autre élément intéressant, c'est ce refus visible de jouer la carte du second degré volontaire, de la série B qui se regarde en se moquant constamment de la situation qu'elle raconte. Lorsque les héros balancent des saucisses tout autour d'eux pour savoir jusqu'où s'étend la surface piégée par le monstre, par exemple. Cela aurait été facile de jouer la carte du ridicule, d'inclure une musique décalé, des punch-lines, etc. Pourtant ici tout est premier degré, et indépendamment de la qualité du film en lui-même, cela permet d'en rire franchement. Cela permet également d'éviter cette dimension surréaliste où les protagonistes réagiraient comme s'ils étaient dans la blague, comme si rien n'avait d'importance – cela aide à consolider l'atmosphère et, finalement, à s'intéresser à ce qui se passe à l'écran. Une bonne trouvaille est de montrer la réaction à retardement des personnages qui, à peine éveillés et découvrant le danger pourtant absurde de la situation, finissent par faire le point et réaliser qu'ils sont seuls sur la plage... parce que tous les autres ont déjà été dévorés !


En fait il n'y a globalement que deux passages prêtant à sourire qui sont vraiment voulus: celui où, aussitôt la créature découverte et alors que tout le monde se demande ce qui se passe, la bimbo s'exclame que tout ceci est la faute du Gouvernement. Juste comme ça, sans raison. L'autre est un personnage de gardien de plage totalement barje, presque sorti d'un film de Eli Roth, qui débarque sans comprendre ce qui se passe: les semelles en caoutchouc de ses chaussures le préserve des filaments tueurs. Il se déplace sans problème, pensant que les jeunes sont tous sous l'emprise de stupéfiants, et montre tout le dédain qu'il peut avoir pour eux et leur état. Véritable mitraillette à blague, il en sort des vertes et des pas mûres qui finissent par amuser. "You look like a fucking art exhibit", balance t-il à ce gros lard planté dans son tonneau avec une bite dessiné sur la figure. A l'héroïne en bikini et mini-short, qui tente désespérément de lui expliquer ce qui se passe, il se contente de baisser les yeux: "I can't even look at you with your shorts. It's like I'm committing a crime."
La scène se conclue par la mort du personnage tandis que la jeune femme, déterminée à survivre, agit avec froideur: alors qu'il agonise lentement, elle s'approche de lui autant que possible non pas pour lui venir en aide – ce qu'elle ne peut techniquement pas faire, mais pour récupérer sa bombe lacrymogène qui peut temporairement repousser les filaments.


D'ailleurs la cruauté du sort de certains ne manquera pas de surprendre. Il y a une mort accidentelle causée par le mauvais état d'une rambarde qui intervient à la surprise de tous, et la détresse de ce pauvre obèse n'en fini plus de se faire pénible: engoncé dans un fût pendant tout le film, sa peau commence à s'abimer avec la chaleur tapante et son corps saigne de plus en plus. Ce qui commence comme une situation cocasse fini par devenir un calvaire. Autre moment de douleur, cette pauvre blonde qui, en équilibriste sur une voiture, fini par se retrouver avec les doigts coincés dans la porte du coffre. Le film n'a rien besoin de montrer, l'idée même est terriblement douloureuse et on compatit très vite.
Pour autant le gore n'est pas en reste, et c’en est même surprenant tant ce type de téléfilm préfabriqué est généralement inoffensif. Naturellement le budget maquillage étant inexistant, il faut se farcir d'horribles gerbes de sang en CGI, sans relief ni texture, apparaissant presque "plates" au sens propre à l'écran (puisque simple couche d'effets appliquée via un logiciel peu performant, ne s'intégrant pas véritablement au film). C'est moche et aussi peu agréable que les monstres fabriqués de la même manière, toutefois il faut saluer les responsables qui ont malgré tout essayés de créer des détails dégueulasses ici et là: les tentacules pénètrent à travers les crânes, font éclater les organes internes et dissolvent très facilement la peau...


Un pauvre gars tombe tête la première dans le sable et se fait arracher le visage, les filaments récupérant un globe oculaire en le tirant hors de son orbite pour mieux l'absorber. Un gars essayant de récupérer ses clefs tombées au sol se redresse avec un bras en moins, et quelqu'un qui a été juste été effleuré par la bête fait une horrible réaction épidermique, laissant une cicatrice purulente qui s'aggrave de plus en plus. Seule l’assimilation complète est ridicule, les personnages disparaissant dans le sable comme s'ils étaient gommés par une brosse Photoshop. Ni vêtements, ni sang, ni trous dans le sol.
De manière amusante, certains auront remarqués que c'est de cette manière que les personnages féminins disparaissent du film, là où les hommes ont tous le droit à un fin atroce. Comme si le réalisateur craignait de passer pour un monstre en montrant les filles subirent le même sort ! En ces temps où il faut mesurer chaque parole, où les Social Justice Warriors s'offusquent d'un rien, il est impossible de ne pas y prêter attention. Pas besoin d'être analyste pour décoder les intentions du scénariste: The Sand, c'est la série B Girl Power, où les filles sont les plus intelligentes, courageuses et efficaces, et où les mecs ne servent à rien. Là où l'héroïne échafaude des plans et ne perd jamais espoir, son ennemie ravale sa fierté et travail de concert avec elle, et où même la bimbo stupide est prête à se sacrifier pour les autres, les hommes semblent franchement pathétique en comparaison.


Deux mâles alphas sont tués ou incapacités dès leur première interaction avec la bête, l'un est bloqué dans son tonneau sans rien faire d'autre que d'appeler à l'aide et le dernier est un introvertie incapable. C'est à ce demander pourquoi il faut à ce point rabaisser les mâles pour faire briller les femmes. L'équité n'est-elle pas possible ? Puisque le film a été créé par des gars, la question se pose: essayaient-ils désespérément un cibler une démographie émergente, faire un film d'horreur "juste pour filles" en pensant que le message anti-mecs leur conviendrait ? Ou bien tel Paul Feig, les responsables ont-ils tout simplement une haine véritable de la gent masculine ?
Pour éviter les sujets qui fâche, autant se désintéresser des êtres humains et parler du monstre. Une bestiole dont on ne sait rien et dont on ne voit rien, ou presque. Et autant la créature de Blood Beach attisait la curiosité, autant on se moque totalement de la véritable forme de celle-ci: aussitôt que les multiples filaments transparents s'attaquent aux victimes, le visuel hideux repousse et ne donne absolument pas envie d'en savoir plus.
The Sand essaye pourtant vaguement de créer la surprise, avec une idée reprise sur Un Cri dans l'Océan (ou Vrilles ! de la collection Gore, pour ceux qui l'ont) qui est que ces "vers de sables" ne sont pas plusieurs petits monstres, mais les morceaux d'une créature beaucoup plus grosse. Le soucis c'est que le concept passe totalement à la trappe à la fois parce que l'on pense à Blood Beach (où il s'agit d'une seule créature) et parce que le poster montre un tentacule bien plus grand qui évente la surprise...


La bête, on fini par le comprendre grâce à divers indices, est une sorte de méduse provenant sans doute des abysses comme le suggère jolie couleur bioluminescente dans le dernier acte. Un être gigantesque, caché profondément sous le sable et dont la forme générale n'est que vaguement visible durant les toutes dernières secondes du film, en ombre. Une solution de facilité, vu le budget du film, et forcément décevante pour quiconque s'attendait à un Graboid ou un Sarlaac monstrueux. Cependant il faut dire que cette image de la chose, titanesque et informe, évoque sensiblement les horreurs de H.P. Lovecraft et pourra faire plaisir à ses fans.
Dommage que tout ceci sente l'improvisation de dernière minute, car il n'y a aucune logique dans le comportement de la bête étant donné sa taille et ses capacités. Si la méduse est si large, et capable de sortir de nombreux tentacules gigantesques pour attraper ses proies, pourquoi ne pas faire cela dès le début ? Peut-être grandit-elle progressivement (n'oublions pas qu'il s'agit d'un nouveau né), mais même dans ce cas l'attaque finale aurait dû être mortelle pour les survivants.
Plusieurs autres petites choses ne collent pas, comme lorsqu'un blessé explique que le contact avec les filaments est similaire aux piqûres des méduses en bien pire, alors qu'une autre victime racontera au contraire ne sentir absolument rien durant sa mort.


Il est aussi difficile de savoir ce que peut faire, ou ne pas faire, le monstre avec ses tentacules, pouvant parfois déplacer de petits objets pour empêcher ses proies de se déplacer, mais pas toujours selon ce qui arrange la scène. Les chaussures en caoutchouc permettent à une personne de se déplacer en sécurité, mais la bête peut s'attaquer aux pneus d'une voiture. Enfin, craignant le feu, elle semble incapable de filtrer à travers les cendres du feu de camp, même si celui-ci est éteint depuis des heures. Bref, pour résumer, The Sand est tout simplement inconsistant et change ses règles comme bon lui semble !
C'est dire à quel point le film revient de loin: pas de logique, pas de monstre, pas de budget, pas de surprise et éventuellement un peu de misandrie... Et je ne vous ai même pas parlé de l'argument ridicule pour faire disparaître les téléphones portables ! Malgré tout, allez comprendre, ça se laisse suivre quand même. Les morts sont brutales, les protagonistes font des efforts et il y a cette curiosité sur la façon dont ils vont s'y prendre pour s'en sortir qui tient éveillé. L'irruption de Jamie Kennedy (fils de Burt Gummer dans Tremors 5, il était le fameux Randy des Scream) en gardien de plage reste un bon moment et les filles sont plutôt jolies.
C'est franchement limite, et ça ne risque pas de nous faire changer d'avis sur l'état des DTV horrifiques actuels, mais The Sand peut se targuer d'être une petite série B à peu près efficace et un poil plus originale que ses paires. Vu les fonds de tiroir que je me tape habituellement, c'est pas si mal...


Note: le film traitant d'un monstre se cachant sous le sable de la plage, demeurant invisible jusqu'au dernier moment, j'ai décidé de jouer le jeu et de planquer la bestiole quelque part dans la chronique. N'hésitez pas à faire comme l'héroïne avec sa main pour découvrir la zone piégée, et passez votre curseur au-dessus du texte avec votre curseur pour exhumer la bête ! Attention, elle mord.


GALERIE

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