mardi 26 juillet 2016

mercredi 18 mai 2016

[Ciné] Hana & Alice Mènent l'Enquête


Hana & Alice Mènent l'Enquête
The Case of Hana & Alice (2015)
Les Cinémas Studio, Tours (37)



 Et, oubliée dans un coin de la salle, cette jolie dame.


dimanche 15 mai 2016

14 ans – Still Unbroken


Il y a un an jour pour jour, je me lançais dans un long texte pour fêter en quelque sorte l'anniversaire de l'Imaginarium. Pas simplement le blog, mais toute cette "zone" de chroniques et de retour sur mes visions de films, mes lectures et mes avis variés sur des sujets touchant à l'Imaginaire en général.
L'écriture, totalement improvisée, avait fortement déviée du sujet de base que j'avais choisi et je m'étais retrouver à parler de tout et de rien sans structure précise (un équivalent de mon schéma de pensé au quotidien vraisemblablement), au point que je m'étais promis que pour l'anniversaire suivant, je reviendrai là-dessus. J'avais des idées, des histoires à partager, la vie d'un Bisseux depuis sa jeunesse ignorante jusqu'au présent, fêtant plus d'une décennie d'articles.
Cela fait plusieurs mois que je me prépare, que je cherche mes mots et que je me lance dans une rédaction à l'avance, histoire d'être prêt pour le jour J. Et résultat ? Exactement comme l'an dernier, me voici à partir de zéro sans avoir la moindre idée de quoi je vais parler ! Car après tout, quelle importance ? Qui s'en soucie ? Personne, même pas moi.

Certains l'aurons remarqués, on ne peut pas dire que cette 14ème année soit particulièrement prolifique en terme de chroniques, de récits ou d'illustrations. C'était prévu pourtant, avec une incroyable liste de choses à faire, de saga à passer en revue et de nouveaux formats à tester. D'ailleurs, pour ceux qui se souviennent sa mention l'an dernier, le texte sur Cobra n'est toujours pas terminé !
Il faut dire que cette année marque un tournant particulier. C'est une année de merde 2016, et on l'a tous pensé dès lors que les morts se sont alignés par dizaines. La fin d'une époque peut-être, tant les "vieux de la vieille" tombent comme des mouches ou mettent un terme à leur carrière de façon involontaire, nous donnant l'impression qu'on se retrouve dans une nouvelle ère.
Difficile d'être motivé dans des cas pareils (d'autres, plus intelligents que moi, vous diront qu'au contraire c'est le meilleur moment pour écrire en long en large et en travers sur tout ça, avant que ça ne disparaisse pour de bon), et c'est vrai que je passe beaucoup plus mon temps à retrouver et publier d'anciens articles plutôt que de trouver l'inspiration pour en faire de nouveaux.


En vérité, toutes mes ambitions ont été balayées d'un revers de main par "le destin". Cette putain de Faucheuse a bien failli passer par ici pour réclamer l'un des miens, et si les évènements ne sont pas aussi tragique, nous ne nous en sommes pas encore remis. Courant Mars, mon père est terrassé par un AVC en début de mâtiné, manquant de s'envoyer dans le décors avec sa voiture. La crise est grave, mais les secours heureusement proches et rapides. Les heures qui suivent sont un calvaire difficilement explicable et seuls ceux qui ont connu ce long moment d'incertitude quant à leur avenir pourront comprendre. Le médecin se montre peu rassurant, la situation est critique et ne penche pas du tout en notre faveur. J'abrège: une opération crânienne, un mois de coma et quelques séquelles plus tard, nous commençons à respirer. Je commence à respirer.
Les choses ne sont pas terminées, l’inquiétude est toujours là et comprenez bien que durant tout ce temps, jusqu'à encore maintenant, il m'était tout simplement impossible d'écrire.

Pendant plus d'un mois je me suis totalement replié sur moi-même, m'occupant de ma mère, de ma nouvelle affectation professionnelle et ne sachant plus vraiment à qui parler. Et lorsque la Vie prend un tournant pareil, plus rien n'a de sens. Certainement pas l'Imaginarium qui était le cadet de mes soucis, pour la première fois en 14 ans. Il ne fut même pas question d'un abandon, pour la simple et bonne raison que je n'en avais absolument plus rien à foutre sur le moment. Le blog pouvait disparaitre du jour au lendemain ou prendre la poussière virtuelle sur un coin du Net, cela n'avait pas la moindre importance pour moi. Ce n'est que plus tard que j'ai continué à y faire un saut, afin de ne pas penser. D'avoir, quoiqu'il arrive, quelques instants de répit émotionnelle où je pourrai m'évader de la réalité au sens propre. Auparavant j'avais toujours considéré cet endroit comme servant à cela, mais jamais à ce point là. En un mot comme un cent, alors même qu'il n'avait plus la moindre importance, le moindre intérêt pour moi, l'Imaginarium faisait son boulot comme jamais.


Autant dire qu'il fut très étrange de m'y retrouver, jour après jour, avec l'amélioration de l'état de santé de mon père et les soucis du travail en moins. Un peu comme lorsque Romero expliquait que le zombie retourne dans un lieux qui avait beaucoup d'importance pour lui autrefois, et ça alors qu'il n'a désormais plus aucune conscience. Je zonais sur le blog et continuais de le construire en restaurant et publiant d'anciennes archives n'intéressant personne.
Encore plus étrange d'y repenser maintenant, alors que je souffle les 14 bougies et que ma vie a retrouvé un rythme normal malgré quelques difficultés encore présentes. En coupant les ponds sur plusieurs mois, j'ai raté beaucoup de choses concernant les autres Bisseux, leurs publications, leurs histoires. Et si maintenant j'ai envie de rattraper tout ça, fut un moment où je n'en avais strictement rien à faire. Et avec cet état d'esprit venait l'impression que le blog, l'Imaginarium, était mort. En sursis peut-être, juste le temps de surmonter l'épreuve, mais qu'il ne survivrait pas à cet énorme tournant dans ma vie.


Je pourrai euthanasier la bête maintenant, encore qu'il me faudrait sans doute patienter jusqu'au festival du Bloody Week-End, ne serait-ce que pour en faire un compte-rendu. Par politesse, pour avoir un mot pour ces personnes qui durant l'année précédente ont partagés du temps et des mots avec moi. Car je ne me vois toujours pas écrire des chroniques, malgré la liste présente à côté de moi, avec les mots "urgents" en rouge. Et pourtant, allez comprendre, je continue de le faire grossir en rajoutant dessins, fragments de fictions inachevées et vieilles previews stupides, comme si je voulais lui garder une certaine existence.
Le paradoxe est là: je ne pense même plus à l'écriture, aux films, aux livres, aux chroniques, à l'exploration des genres Horreur, Fantastiques, Science-Fiction, Action, Fantasy, et pourtant j'y patauge pour ne pas penser tout court. Je suppose que le blog va s'arrêter, tout comme ma relation aux autres, pour me recentrer sur moi-même et ma famille, et pourtant je me souviens encore de la "signification" de la date du 15 mai. Et alors que je veux écrire un petit quelque chose pour l'anniversaire (marrez-vous: je voulais en venir aux années de ma jeunesse, l'avant Imaginarium, comme l'année dernière, et encore une fois je parle de tout à fait autre chose !) et pourtant je ne prépare rien et me retrouve à improviser totalement !


Dans ces conditions, il est évidemment difficile de savoir si cela va durer. Que va t-il se passer, par exemple, lorsque je n'aurai plus aucune archive à transférer ? J'ai encore de la marge, mais tôt ou tard j'en verrai le bout. Me contenterais-je d'un nouvel article une fois tous les six mois, alors qu'il est déjà si dur pour un blog d'exister avec des mises à jour quotidiennes, face aux bulldozers de la compétition ? Je ne sais pas.
A chaque fois je me retrouve partager entre "cela ne suscite aucune réaction, quelle importance" et "de toute façon tu le fais pour toi, si tu ne t'ai jamais arrêté sur 14 ans, tu ne t'arrêteras jamais".
Dans l'immédiat cependant, il est toujours là. "Still Alone, Still Alive, Still Unbroken" comme dirait Lynyrd Skynyrd, qui sait très bien de quoi il parle.
JE suis toujours là aussi et  j'ai bon espoir de renouer contact avec tout le monde à partir de cette fin du mois. Reprendre, malgré tout.


Je regrette presque de ne coucher ces mots que tard dans la soirée, ne me laissant plus beaucoup de temps pour écrire dans les délais. A l'origine je voulais ignorer tout ça et conter comment l'affiche du Cauchemar de Freddy m'avait marqué étant jeune, comment je tenais un petit carnet durant toute mon école primaire où je dessinais secrètement des monstres en cours de récré (Dracula était pote avec le monstre de Frankenstein et Freddy possédait des griffes sur chaque main la faute à Melki !). Je voulais parler de innombrables crimes du Dentiste Fou, tueur sanguinaire inventé sur les bancs de l'école et dont nous n'arrêtions pas décrire les meurtres, entre mâchoires défoncées à la petite roulette et corps jetés dans une fosse à sangsues. L'histoire de Macamord (ou Macamort, je n'ai jamais décidé), dangereux singe s'échappant de son zoo par une nuit d'orage, après avoir massacré ses congénères, pour mieux poursuivre le gardien de nuit des lieux.
L'explosion mentale que m'aura provoqué l'affiche de Tremors en 1990, alors que je n'avais que 6 ans, et la découverte des comics Marvel un an plus tard, où j'idolâtrais Spider-Man plus que tout et qui mêlaient mythologie, science-fiction, monstres géants et créatures de films d'horreur avec une logique qui me semblait imparable. Découverte encore: les romans horrifiques, notamment avec Stephen King et ses incroyables illustrations de couverture en plusieurs volumes: Ça, Le Fléau, Minuit 2 et 4, autant d'images qui ne s'effaceront jamais...


J'aurai expliqué comment j'errais dans les vidéoclubs, étant trop jeune pour encore savoir lire, à la recherche du rayon Horreur dont je dévorais les affiches des yeux. J'y prenais connaissance de Freddy, Jason, Myers, Pinhead et Chucky. Plus tard j'étais sidéré de voir de nouveaux volets apparaître, comme Maniac Cop 3 ou Jason va en Enfer. Et je croyais que Re-Animator Hospital était le troisième volet des aventures d'Herbert West...
L'arrivée du Neo-Slasher alors que je découvrais Romero, le début de ma collection de films qui m'obligeait à récupérer toutes les VHS enregistrables mes parents (et ils gueulaient, car ce n'était pas donné) et à créer des étiquettes façon Halloween / train fantôme pour être sûr qu'on ne me les piqueraient pas. Mes premiers Fanzines, avec Le Siècle Pleure Au-Dessus de la Crypte. Autant de souvenirs que je pensais encore vous raconter il y a quelques minutes avant de diverger.
Tant pis. Quelle importance ? L'Imaginarium est encore là et il grandit encore jours après jours, grâce à tout un tas de petits trucs qui ne parleront à personne sauf à moi.

Souhaitons-lui de tenir encore longtemps j'y travaille comme je peux – et peut-être que cette fois, aux quinze ans, vous aurez droit à cet historique farfelu. Positivons: je commence même à chercher de quoi je vais pouvoir parler pour les 16 ans ! Comme quoi, peut-être y a t-il un peu d'espoir.

PS. Je viens de me rappeler que je voulais acheter un gâteau pour l'occasion tiens. Et même vous parler de cette année anniversaire qui va également marquer les 10 balaies de l'abominable Dr. Poulet ! Quelle occasion ratée...


vendredi 13 mai 2016

Tales From the Imaginarium – Rug (1994)

TALES FROM THE IMAGINARIUM
Rug
(1994)

Graham Masterton (à ne pas confondre avec Matheson, comme je le faisais plus jeune), est un romancier britannique spécialisé dans l'horreur et le sexe sale à qui l'on doit tout un tas de récits mélangeant gore, pornographie et mysticisme. On lui doit notamment la saga du Manitou et, s'il n'a jamais eu la qualité d'un James Herbert, reste un auteur important pour le genre. Encore publié en France de nos jours dans diverses éditions, il n'a toutefois plus autant d'exposition qu'à l'époque de la collection Pocket Terreur, et c'est bien dommage.
C'est en 1994 qu'il écrit Rug (littéralement tapis ou carpette, chez nous titré Le Loup pour faire un poil plus sérieux – que personne ne boude, les deux fonctionnent très bien au regard de l'intrigue), une nouvelle traitant du mythe du loup-garou, ou plus exactement du Skinwalker, à la sauce germanique. Celle-ci est immédiatement publiée dans la "bible" de l'époque sur le thème: le Mammoth Book of Werewolves, édité par Stephen Jones. Une anthologie qui réunie un grand nombre d'histoires tournant autour de la lycanthropie et fansant partie d'une collection d'omnibus à propos des grandes figures du Fantastique (The Mammoth Book of Vampires, Frankenstein, Zombies, etc). En vérité, j'ignore si le texte a été écrit spécifiquement pour l'occasion, ou sélectionné rapidement pour remplir la compilation, toujours est-il qu'il figure tout d'abord dans une collection extérieure à la bibliographie de l'écrivain.
C'est un an plus tard qu'il la recycle dans sa propre anthologie, Les Escales du Cauchemars, alias Flights of Fear, second recueil de sa collection après Fortnight of Fear (inédit chez nous), qu'il traite ici avec une légère gimmick: le voyage autour du monde.

L'idée est de nous présenter différents lieux de différentes cultures, qui tous cachent d'horribles histoires parlant de la Mort, de la Peur et de l'étrange. Globalement toutes les craintes communes à l'être humain, quel que soit son peuple ou pays d'origine.
6ème histoire de l'anthologie, Rug nous invite à Münster, en Allemagne, et situe son intrigue en 1960. C'est là qu'un ancien soldat anglais vient s'installer suite à quelques problèmes de couple, emmenant son fils de onze ans avec lui et s'installant chez une famille d'amis, les Smythe-Barnett.
Et d'emblée Masterton complique beaucoup trop ce qui n'est censé être qu'un segment présenté en anthologie. Le cadre spatio-temporel ainsi que la situation dans laquelle se trouve les personnages principaux sont assez flous, d'une part parce que la narration épouse le point de vue de l'enfant qui ne comprend pas nécessairement tout ce qui se passe autour de lui, mais aussi parce qu'il y a un énorme manque de détails nécessaires à une bonne compréhension des choses. Cela n'aurait pas été un problème si l'auteur ne passait pas son temps sur ce background qu'il nous faut décrypter, indice par indice.
Il semble donc que le père se soit réfugié en RFA, zone occupée entre autres par les britanniques depuis la fin de la guerre, pour s'éloigner de sa femme et que les allemands chez qui il vit sont des connaissances de longues dates. Mais tout cela reste difficile à cerner, parfois lourd et ralentissant le vrai sujet de la nouvelle (quoique soient bien écrit ces passages où l'enfant, trop jeune, visualise tout un tas d'expressions d'adultes au premier degré, comme par hasard ayant rapport à la brutalité, la transformation et la virilité).


En fait je soupçonne fortement Rug d'être une sorte de recyclage  de ce qui devait être une histoire plus longue à la base. Une novella que Masterton n'aurait pas complété, quelque chose dans la même veine que son Sphynx. S'il a fini par transformer ce texte sans trop de problèmes, ces nombreux écarts, cette longue présentation du cadre et des relations entre les personnages, en sont sûrement les derniers vestiges...
Autant ne pas trop s'attarder sur ces éléments qui, de toute façon, n'ont pas la moindre incidence sur les évènements qui se déroulent. Et donc, parce qu'il s’ennuie et n'apprécie que moyennement les gens avec qui il traine, le petit garçon fini par se faire porter pâle une jour de sortie et reste seul dans la demeure où il séjourne. Cherchant à s'amuser, il fini par s'éclipser au grenier où il va découvrir une pièce aménagée comprenant la photo d'une inconnue, ainsi qu'une peau de loup abimée par le temps.
Une carpette, ou plutôt un de ces trophées de taxidermiste, puisqu'il reste de l'animal encore sa tête. Impressionné par la beauté de la bête, l'enfant commence à jouer avec, s'imaginant la vie qu'a pu mener celle-ci, plus sauvage et plus libre que la sienne. La nuit venue, il entend clairement du bruit en provenance du grenier et commence à penser que le loup est toujours vivant...

Dans son imagination fertile, il lui a manqué de respect en jouant à l'aventurier et en improvisant une bataille avec lui, d'où il sortait naturellement vainqueur. Terrifié à l'idée que la chose vienne se venger, surtout qu'elle semble maintenant à deux doigts de sa porte, il panique. Pourtant c'est un humain qui entre dans la chambre, son hôtesse, Madame Smythe-Barnett, qui le réconforte sans qu'il ne comprenne où est passé la bête qu'il s'attendait à voir.
Perturbé, il va s'intéresser aux légendes locales et en apprendre plus sur les hommes-loups. Notamment Gunther Schmidt, un meurtrier qui a sévit dans la région durant le  début du siècle jusqu'à ce qu'il disparaisse après une toute dernière victime... La fille de la photographie ! Bien que d'un jeune âge, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que la peau trouvée dans le grenier appartenait à Schmidt, tué et dépecé par le père de sa dernière proie, en un acte de vengeance. Mais comment s'est-elle retrouvée chez les Smythe-Barnett ?
A partir de là, l'obsession du gamin va prendre un tournant inattendu, celui-ci cessant alors d'avoir peur de la créature maintenant qu'il l'a identifié. Schmidt n'était pas un loup-garou traditionnel, un homme qui devient bête, mais plutôt l'inverse: un loup prenant forme humaine ! Le récit met un point d'honneur à expliquer le procédé, la façon dont l'humain se trouve à l'intérieur du loup, la peau de l'animal évoquant un costume, plutôt que de jouer le coup de la nature bestiale se cachant dans l'homme.

Le mythe du Skinwalker se retrouve ici, avec cette idée que le monstre a besoin d'un hôte, un humain se vêtissant de sa peau, pour prendre forme. Masterton opère une sorte de fusion entre le mythe du loup-garou médiéval, parfait pour une cité européenne décrite comme "une ville grise dans une plaine grise", et celui de l'animisme tribal proche des cultures natives américaines (n'est-il pas justement connu pour sa saga du Manitou ?). Intéressant quoiqu'un peu confus, la faute encore à ce qui doit être un récit original tronqué ou inachevé.
Tout l'historique autour de la peau, qui a tué le monstre, qui l'a tannée, comment les Smythe-Barnett l'ont récupéré, est à peine expliqué (à peine nécessaire surtout) et pourtant la narration se perd en détails qui semblent préparer le terrain pour plus d'explications, de révélations. Comme ce prologue, qu'on ne comprend surtout qu'une fois avoir lu la fin, ou la présence de la photo de la victime, qui semble surtout là pour permettre à l'enfant de comprendre l'origine de la carpette, sans pour autant avoir de sens puisque les Smythe-Barnett n'ont à priori aucun lien avec elle.
Résultat, la lecture se fait plus compliquée qu'elle ne devrait l'être, trop d'éléments venant encombrer le déroulement de l'histoire et retenant notre attention sans que cela n'en vaille la peine.

Dommage, mais c'est là que l'histoire prend son envol. Séduit par l'idée même d'homme-loup, l'enfant se relève la nuit suivante pour jouer à nouveau avec le tapis, mais d'une manière beaucoup moins innocente. Il la charme, lui explique qu'il connait son secret mais qu'il peut devenir son nouvel humain, son nouvel hôte. Il s'emmitoufle dans la peau, cherchant à devenir loup, s'imaginant sauvage et meurtrier et invincible.
Le petit garçon déambule dans les couloirs de la maison, grognant devant les portes de chaque chambre où dorment les habitants. Il "disparait" derrière cette nouvelle identité, même lorsqu'un adulte fait subitement irruption devant lui. Même lorsqu'il s'agit de l'innocente Madame Smythe-Barnett, qui plus tôt l'avait consolé. Seulement voilà, il va vite réaliser que la peau ne se trouve pas ici par hasard et qu'elle possède déjà un propriétaire...
La suite ne se raconte pas vraiment sous peine de livrer la totalité du récit, mais les images marquent. Un corps sans peau, dont on peut voir les organes fonctionner, une famille dépecée de façon grotesque, et le tapis de loup, retrouvé en apparence normal, déformé par une bosse comme si quelque chose se cachait dessous. Des restes humains à moitié digérés...
Si Rug pêche un peu par une trop longue exposition, qui risque de rendre le lecteur plus confus que conscient des tenants et aboutissant de cette intrigue, il fonctionne à plein pot aussitôt qu'il touche à son sujet principal. Un môme, un loup, une désagréable sensation de dépaysement et le thème de la Sauvagerie.

Sans conteste l'une des nouvelles les plus mémorables du recueil, du Masterton pur jus qui ne recule devant rien. Pas même devant les graphiques mais inutiles descriptions sexuelles qu'il trouve toujours le moyen de nous recaser, comme d'habitude, et sans se poser de question quant à leur véritable nécessité.



lundi 9 mai 2016

Mental Hurlant – Collection Bimbo Star: Slave Girls


La trouvaille du jour, elle marque surtout mon ignorance à propos des éditeurs DVD français et des perles qu'ils ont pu sortir en toute discrétion. Ainsi c'est par pur hasard que mon chemin a croisé celui de ce Slave Girls: Les Captives de l'Espace, en fait la version hexagonale du fameux Slave Girls From Beyond Infinity, avec Brinke Stevens et Elizabeth Kaitan.
Une relecture des chasses du Comte Zaroff version spatiale et Série B, avec ce qu'il faut de monstres mutants, de robots tueurs, de décors en carton-pâte et de donzelles en bikini.
C'est d'abord très content que j'ai récupéré la chose, pensant naïvement que cette sortie était plus ou moins récente et qu'elle marquait le début d'une "nouvelle" collection à surveiller. D'autant plus qu'à l'approche du Bloody Weekend et des chasses aux films sur les stands d'Uncut Movies, Artus, Le Chat qui Fume et autres spécialisés du film fou, cela constituait une excellente mise en bouche.
Hélas, un peu de recherches me ramène à la triste réalité, et non seulement ce label Bimbo Star remonte en fait à 2004, avec seulement une poignée de titres à son actif, mais en plus le responsable (One Plus One) a mis clef sous la porte en 2011.


Et c'est dommage car son idée était bonne ; dans une France où le fan d'Horreur / Fantastique ne se fit plus qu'aux sélections un peu chic et snob d'un nouveau Mad Movies propre sur lui, et ou le "Bisseux" semble ne chercher que du côté de l'Italie ou du produit rétro et classieux, le fan de Série B à l'ancienne, lui, reste un peu sur la touche.
Il est vrai que beaucoup ne semblent pas prendre à cœur (ni au sérieux, mais c'est normal) ces bandes délirantes pleines de bestioles en caoutchouc, de hard-rock et de pin-up dénudée, mais ça c'est tant pis pour eux. Nous autres avons bien le droit à un peu de fun et il est toujours plaisant de voir ce type de cinéma sortir par chez nous.
Alors évidemment, l'objet n'est pas parfait puisque la qualité vidéo est celle d'une VHS en bonne moitié de vie, avec ce que cela implique d'image baveuse et fatigué, ce qui est assez mal vu à notre époque de haute définition en 4K, mais rappelons que le produit a été fabriqué en 2004 et qu'à l'époque c'était un standard plutôt acceptable (rematez votre DVD d'époque de Spider-Man, pour voir, et on en reparle).


Cependant c'est le principe qui compte et le simple fait d'avoir ce film, souvenir de toute une époque de vidéoclub, disponible chez nous sur support moderne, et en VO s'il vous plaît (sous-titres inclus), c'est plus que ce que l'on pouvait espérer.
Cependant, étrange est le choix des autres titres qui accompagne celui-ci, car si L'Attaque de la Pin-Up Géante (le Attack of the 60 Foot Centerfold de Fred Olen Ray) semble tout indiqué, j'aurai personnellement vu quelque chose du genre Star Slammer ou Dinosaur Island pour rester dans la même catégorie. Pourquoi pas du Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama non plus ? Et pourtant One Plus One a associé quelques films sans le moindre rapport et n'entrant dans la catégorie "bimbo" que par la présence d'actrices dénudées. Ainsi trouve t-on pêle-mêle Double-D Avenger, du Seduction Cinema avec le très mauvais Lord of the G-Strings (ici juste Lord of the Strings, tant qu'à faire ils auraient dû choisir Spider-Babe, qui lui au moins était marrant), mais aussi Carlito's Angels, une obscure "parodie" de Charlie's Angels qui date de 2003, filmé en DV, et qui semble à peine correspondre au cahier des charges.
Les curieux pourront quand même jeter un œil sur ces différents films, vendus aux choix à l'unité, ou en deux volumes bi-pack / coffret.


Toutefois ce qui mérite d'être noté – et c'est justement la raison de cet article – c'est le soins que l'éditeur a apporté à son produit. Ainsi, comme pour s'excuser de ne pouvoir nous offrir la meilleure version possible, celui-ci ajoute quelques petites bonus bien agréables. Et ça commence par un goodie totalement inattendu, caché dans le boitier: la très belle illustration de l'affiche originale, en mini-poster. Imprimée sur papier glacé, celle-ci nous venge de la très moche couverture du DVD One Plus One, à la limite de la VHS porno. Tu peux être sûr que c'est le genre de truc que je vais encadrer pour décorer mon antre !
Ensuite c'est un court-métrage que l'on peut découvrir sur la galette, et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de rien de moins qu'un film de Richard J. Thompson, le légendaire Zédeux français ! Invasion of Teenage Green Big Heads from Unknown présente une hilarante quoiqu'incompréhensible partie de campagne, où une famille de beaufs se retrouve embêtée par deux extraterrestres à tête de brocoli.
Du quasi cinéma muet, puisque personne n'y parle (sauf pour la chanson des Schtroumpfs), reposant surtout sur les gags visuels. Évidemment, puisque c'est du Thompson, c'est parfaitement shooté avec des cadres parfois inventifs, parfois générique, et ça délivre une ambiance sympathique très communicative. Monsieur y lit sa revue de voitures sans voir que les siens se font trucider et zombifier, les aliens branchent des composants électroniques géants sur leurs victimes, on s'y bouffe des doigts ou on se gerbe dessus... Summum du mauvais goût: un des Green Big Head feuillette une revue coquine et s'en va dénuder la poitrine d'une jolie morte juste pour vérifier son anatomie !
Bref, c'est bêtement joyeux et ça rentre parfaitement dans la ligne éditoriale (assez chaotique) de cette collection.


J'ignore si les autres films proposé par le label Bimbo Star sont aussi bien fourni, en fait j'ignore même si cette collection est "connue" malgré sa très courte existence, mais cette édition de Slave Girls From Beyond Infinity a été une sacré surprise pour ma part et je ne peux qu'applaudir l'initiative.
J'encourage les intéressés à traquer la bête, qui ne vaut plus grand chose désormais, et pour les autres je m'excuse de cet article bouche-trou inutile. Ça fait effectivement bien longtemps que je n'ai pas fait de message concernant mes achats ou un objet en général, et j'ignore à chaque fois si cela à le moindre intérêt...


jeudi 5 mai 2016

[Ciné] Mr. Holmes


Mr. Holmes
(2015)
Les Cinémas Studio, Tours (37)


Tales From the Imaginarium – Rêves de Sang (1987)

TALES FROM THE IMAGINARIUM
Rêves de Sang
(1987)

A l'opposé extrême de la collection Kid Pocket, dans laquelle on pouvait trouver Minuit, Heure de l'Horreur d'où provient Cemetery Road, il exista un temps la collection Gore, chez Fleuve Noir. Il me parait absolument inutile de m'appesantir là-dessus étant donné que j'ai déjà chroniqué plusieurs livres de la série et que David Didelot, créateur de Vidéotopsie, a écrit le bouquin définitif sur le sujet encore tout récemment.
Toutefois il me paraissait logique de passer d'un genre à un autre, et après la littérature pour la Jeunesse, intéressons-nous à la littérature pour adultes avertis. De la littérature pour "tarés", même, à en croire les méchantes critiques des journaux à l'époque, qui n'appréciaient évidemment pas beaucoup qu'une série de textes sanglants et ouvertement pornographiques ne viennent faire leur apparition sur les étalages.
Théoriquement ces ouvrages n'ont aucune place dans cette catégorie bien précise du blog puisque étant des romans complets (encore que cela se discute tant les manuscrits étaient coupés, raccourcis, dans un soucis stupide de correspondre à un format de poche, se retrouvant parfois écourté au-delà du bon sens), cependant il faut distinguer une exception avec Le Bel Effet Gore. Paru en 1988, ce numéro hors-série s'intéresse à la collection Gore en elle-même, avec interview des responsables, analyses du genre et de son évolution sociale, ainsi qu'une petite rétrospective des différents volumes publiés jusqu'alors.

Noyé dans tout ça, quelques nouvelles, très courtes et surtout là pour accompagner le portrait détaillé de certains écrivains. Une façon de les faire découvrir aux nouveaux venus, ou juste de donner un exemple de leurs talents si bien mis en avant (trop ?) dans leur présentation.
Rêves de Sang est de celles-ci, présentant à sa manière le style de Nécrorian, alias Charles Nécrorian, alias Jean Mazarin, alias l'auteur du mémorable Blood-sex, cinquième tome de la série.
A vrai dire je reste encore très partagé concernant le style de cet auteur, et sa petite histoire résume parfaitement ce que je pense de lui: une grande maitrise de l'écriture, mais toujours avec quelques égarements mal venus ou gênants qui empêchent parfois la bonne tenue d'une scène. Blood-Sex était divisé en deux intrigues, et si l'une était très efficace dans ses débordements cul/gore (les frangins bouseux), l'autre était terriblement molle et mal écrite (l'écrivain meurtrier), tandis qu'Impacts, bien que volant totalement l'intrigue du Rambo original de David Morrell (le livre, quoi), était tendu et prenant jusqu'au bout, mais se perdait de temps en temps dans du n'importe quoi "choc" peu réussi et sans rapport avec son sujet (la fellation forcée).


Bien heureusement, le présent récit est trop court pour tomber dans ce piège et Rêves de Sang apparaît comme l'une des meilleures choses que j'ai pu lire de Nécrorian jusqu'à maintenant. L'histoire se déroule durant le désormais légendaire Festival d'Avoriaz, choix pertinent de la part de l'écrivain puisqu'il a justement réalisé ce texte pour le véritable Festival de 1987, et ceci afin faire découvrir à la Presse et aux invités la création du Grand Prix du roman Gore !
Nous y suivons alors Camille, une jeune comédienne qui a eu l'opportunité de faire partie du jury et qui compte bien en profiter pour se faire quelques contacts professionnels. Cependant elle découvre le dernier film de morts-vivants de George Romero ("Le Crépuscule des Morts-Vivants", car c'est ainsi que tout le monde l'appel, qui reçoit ici une mention pour une certaine Susan Chainsaw, supposément actrice victime des zombies: "Le plus joli minois, le sang et les tripes les plus fraîches jamais vues sur un écran" !) et ça ne passe pas. Perturbée, dégoûtée par les horreurs qu'elle y a vu, la jeune femme ne se sent pas très bien et part vite se coucher après avoir abusé de la boisson au cours de la soirée. Elle se réveille vers 1h du matin non sans ressentir un climat oppressant en cette nuit brumeuse, ainsi qu'une odeur nauséabonde qui empeste tout l'hôtel. Prise d'une faim subite, elle décide de ressortir en espérant trouver de quoi grignoter dans un bar, et son monde va basculer dans l'horreur...

Car l'odeur putride qu'elle a découverte, encore plus forte dans le couloir, est celle de cadavres. Corps démembrés, éventrés, dévorés... Morts et morts-vivants. Camille se retrouve dans un monde transfiguré à l'image du film qui l'avait choquée, où les humains sont devenus des zombies s'attaquant aux rares survivants, qu'ils dévorent avec une certaine passion. De façon amusante, la situation se détache énormément de l'univers de George Romero puisque les créatures ne sont pas des êtres dépourvu d'intelligence. Ici ils parlent, draguent, se comportent comme des personnes tout à fait normale si ce n'était pour l'orgie sanglante qu'ils réalisent.
L'héroïne, après avoir découvert les restes d'une victime dans l'ascenseur (Flyboy ?) qu'elle a prit machinalement, croit même perdre la raison tant ce qui lui arrive n'a pas de sens. Dans le hall, elle découvre l'un des zombies du film qui l'invite à la façon d'une intrigue romantique, l'entrainant dans un restaurant ou les autres monstres se livrent à un festin cauchemardesque. En dévorant une attachée de presse, l'un d'entre-eux déclare malicieusement "Sa poitrine est exquise". La narration fait état des détails les plus abominables avec une écriture tout à fait savoureuse: "Les hurlements de douleurs couvraient la sono pourtant à son maximum."
Quant à l'hôte de Camille, il la trouve tellement désirable qu'il espère lui faire l'amour et fonder une famille avec elle !

Le zombie qui, je crois, drague l'héroïne en cours d'histoire

C'est là que Nécrorian fait basculer l'histoire avec le "twist" que l'on sentait venir de loin (surtout vu le titre de l’œuvre), arrivant à une conclusion qui aurait dû être très satisfaisante et proche de The Twilight Zone (ou plutôt Tales From the Darkside dans ce cas) mais qui malheureusement n'accroche pas autant qu'elle aurait dû.
Ainsi tout ceci n'était qu'un rêve, Camille prenant la fuite et se réfugiant dans sa chambre, dans son lit, pour mieux se réveiller encore une fois. Un cauchemar né de sa mauvaise expérience avec le long métrage et de l'alcool qu'elle avait ingéré, rien de plus. Mais déjà quelqu'un vient la chercher pour la prochaine projection. Un classique, lui assure t-on, inspiré des méfaits de Jack l’Éventreur mais rien d'aussi violent que la dernière fois. Et alors que la jeune femme se prépare, son collègue s'introduit dans la salle de bain pour la surprendre. Peut-être pour une partie de jambes en l'air, pense Camille qui n'a rien contre, si cela peut lui assurer un avenir professionnel intéressant. Hélas pour elle, l'homme est un fou armé d'un scalpel et va s'occuper d'elle exactement à la manière du film qu'ils devaient visionner...
Une conclusion qui laisse un peu sceptique tant on perçoit d'emblée sa mauvaise gestion. En tant que tel, Rêves de Sang semble n'être qu'une nouvelle gore banale, où l'épisode "zombie" n'est qu'un rêve prémonitoire annonçant la triste fin du personnage principal.


Cela s'accorde parfaitement au "style" de Nécrorian, écrivain du genre totalement "réaliste". "Pas question ici d'aberration surgie des mers, d'affreusetés poilues issues de la glaciation ou d'infâmes résurgences d'un Moyen Âge malsain" disait justement Jean-Philippe Mochon, auteur du Bel Effet Gore, dans la présentation lisible juste avant. Et c'est bien dommage car il aurait suffit d'un rien, à peine quelques mots de plus, pour parfaitement terminer ce texte.
Juste de quoi montrer qu'à l'issue de la séquence "éventreur", Camille... Se réveille ! Encore. Pour mieux tomber dans un nouvel Enfer inspiré d'un autre film d'horreur. Une sorte de boucle interminable qui aurait fonctionné sur le plan de la mise en abime. Tant de quoi faire un rappel au final mémorable de Blood-sex que de véritablement convenir au titre du film (Rêves de Sang, au pluriel). Logiquement le meilleur moyen de conclure cette histoire, qui du coup semble manquer de quelque chose. Pas en gore bien sûr, là-dessus c'est parfaitement réussi et l'auteur prouve qu'il est digne de l'éloge qu'en faisait Daniel Riche. Mais peut-être juste en personnalité.

Car pour tout dire, à chaque fois que je me remémore cette nouvelle, je confonds jusqu’à son titre que je pense être Cinéma d’Éventreur. Erreur grossière puisqu'il s'agit là de celui du Out are the Lights de Richard Laymon, publié comme 20ème volume de la collection Gore, mais cela témoigne bien du problème...

Jack the Ripper (1959)
Probablement la version évoquée à la fin de la nouvelle

mardi 3 mai 2016

Tales From the Imaginarium – Cemetery Road (1989)

TALES FROM THE IMAGINARIUM
Cemetery Road
(1989)


Une chose que je n'ai étrangement jamais évoquée depuis le temps que je tiens l'Imaginarium, c'est à quel point j'aime le format "court", qu'il s'agisse de films à sketches, comme Creepshow ou les anthologies de la Amicus, les séries télés à la Tales From the Crypt et The Twilight Zone, ou les recueils de nouvelles chez les écrivains.
Une des raisons est l'absence de temps mort, dû au format limité qui oblige l'auteur à aller droit au but. A priori cela n'est pas nécessairement bon pour une histoire car on ne peut alors prendre le temps de développer les personnages, évoquer des faits antérieurs pouvant avoir leur importance, multiplier les lieux ou les protagonistes pour donner plus d'ampleur à l'intrigue, etc. Au contraire, bien souvent il ne reste que le concept, l'idée de base, brute et directe, bien que suffisamment poli et travaillée pour l'offrir aux lecteurs/spectateurs. Une véritable plongée dans l'Imaginaire de l'auteur qui peut laisser éclater sa créativité dans le sens le plus large possible, sans vraiment s’embarrasser de choses comme de continuité, de contexte ou de construction.
En plus de cela, je dois avouer qu'avec le nombre d’œuvre que je dois voir, lire et / ou chroniquer pour ce blog, sans compter d'interminables archives à transférer, je n'ai plus toujours le temps de lire un roman complet, ou de regarder un long métrage avec autant de régularité qu'autrefois. Aussi le petit format me permet de faire l'un ou l'autre sans prendre trop de retard sur le reste de mon travail, tout ne me fournissant ce que j'ai besoin en terme d'évasion du réel.

Cependant je dois dire que je suis peut-être influencé par mon tout premier livre. Oh, naturellement j'avais déjà lu quelques histoires dans ma toute jeunesse et j'ai notamment appris à lire et à écrire grâce à Moby Dick (une version écourtée mais quand même sacrément complexe pour le gamin que j'étais), mais je parle de la toute première fois que l'on m'a offert un bouquin, celui qui fut le premier de ma bibliothèque, était un recueil de nouvelles.
Le plus amusant c'est que, j'ignorais même l'existence de ce type de littérature !
Pour moi, il existait juste des romans, plus ou moins long selon l'âge auquel ils s'adressent, et le concept m'échappait totalement. Ainsi, à la lecture de ma première nouvelle, j'ai innocemment cru qu'il ne s'agissait là que d'un premier chapitre d'une plus longue histoire ! Autant dire que sur le moment, j'ai été un peu déçu de découvrir que ça ne serait pas le cas... Il faut dire que je lisais un peu tout et n'importe quoi autour de moi à cette époque, et que l'idée de pouvoir me plonger dans un véritable livre me plaisait énormément.
D'autant que mes parents, déjà compréhensif de mes goûts particuliers, avaient parfaitement choisi l'ouvrage: Minuit, Heure de l'Horreur ! Ajoutez à cela une couverture m'évoquant l'épouvante gothique, avec ce chat géant et surnaturel reposant aux milieux des tombes, et vous comprendrez que j'étais... aux anges.

Passé la découverte surprenante, je me suis vite pris au jeu du recueil, anticipant avec impatience  chacune des prochaines histoires. De nouveaux thèmes, de nouveaux monstres, de nouvelles situations, permettant de ne pas "s'enliser" dans la lecture en cas d'ennui.
Quel dommage cependant que cette première aventure, celle mettant justement en scène ce chat monstrueux, ne soit pas la meilleure... Car il ne s'y passe pour ainsi dire rien, et le texte fait plus effet d'ambiance qu'autre chose. Pas désagréable, et même très efficace pour les gamins, mais pas très consistant...
Il faut dire que le recueil est effectivement dédié à un âge relativement bas (dès 11 ans – j'étais certainement en-dessous) et que l'auteure devait se limiter en fonction de son public, mais par rapport aux quelques autres nouvelles qui l'accompagne, Cemetery Road paraît bien faible et peu inspiré.
Pourquoi en parler en ce cas ? Pensez-vous ! Par pure nostalgie: il s'agit de ma première histoire d'horreur, à travers mon premier livre, pour ce qui fut ma première expérience avec le format d'anthologie...


Pour brièvement présenter les choses, Cemetery Road (chez nous, Rue du Cimetière) fait partie d'une petite série intitulée Tales For the Midnight Hour, que l'on doit à l'écrivain Judith Bauer Stamper. Elle en aura écrit un total de 4 volumes et seuls deux d'entre eux nous sont parvenus. Le premier, le plus gros avec 17 nouvelles, est étrangement inédit chez nous, et c'est le troisième tome, Still More Tales For the Midnight Hour qui le remplace en France.
L'écrivain ouvre son nouveau recueil avec la mésaventure d'Isabelle (Susan dans la VO, la traductrice ayant choisie de franciser certains nom, mais pas tous, allez comprendre), un petite fille qui vient de déménager suite à la mutation de son père et qui se retrouve dans une maison qui donne vue sur le cimetière. Vite embêtée par les cruels gamins du quartier, elle se retrouve obligée de prouver son courage en obéissant à un gage: s'aventurer seule parmi les tombes afin de trouver la statue d'un grand chat noir et de lui voler son collier (une coquetterie du gardien, je suppose). Car, d'après les garnements, l'endroit est hanté par ce félin surnaturel, qui revient à la vie lorsque sonnent les douze coups de minuit.
Si elle ne se laisse pas démonter, la petite voit ses plans originaux être contrariés par ses parents. Alors qu'elle pensait faire un tour rapide sur place avant la tombée de la nuit, sa famille l'entraine dans une sortie qui repousse son expédition jusqu'à bien trop tard. Mû par le désir d'en finir avec cette histoire, la gamine se rend alors au cimetière armée d'une lampe torche et découvre facilement la statue et son collier. Mais tandis qu'elle tente de retirer l'objet, l'église sonne l'heure fatidique...

Un postulat très simple qui n'aurait pas fait tâche dans la collection Chair de Poule ou dans l'émission Fais-moi Peur. Et il est vrai que si l'on se met en situation, l'atmosphère du cimetière, de nuit, et l'apparition d'une imposante sculpture simplement éclairé d'un faisceau lumineux peut terrifier. L'auteure évoque même la trouille que ressent son héroïne lorsqu'elle croise subitement la forme d'un ange blanc à travers les ténèbres.
Cependant l'argument surnaturel est minimaliste et son exécution manque de conviction. Même enfant et jeune, je n'arrivais pas à ressentir le moindre danger, frisson ou tension, ni pour l'héroïne, ni en tant que lecteur.
Il faut dire que, à moins de se tenir dans l'obscurité et d'entendre un chat gronder de colère, ce qui est effectivement très flippant tant le bruit que l'animal émet paraît disproportionnellement élevé par rapport à sa petite taille, il est difficile de considérer un matou noir comme maléfique. L'auteur essaie pourtant, évoquant ses miaulements énervés, ses yeux verts luisant dans le noir (ce qui semble plus joli qu'autre chose) et le bruit de ses pas lorsqu'il poursuit Isabelle à travers le cimetière. Mais rien n'y fait.
Personnellement, dès que je tente de me représenter la bête, je ne vois que ma Tinta qui tente d'avoir l'air féroce sans y arriver...


Quoiqu'il en soit J.B. Stamper désire malgré tout imposer son félin et nous le montre donc prendre vie alors que sonne minuit. S'il ne parvient pas à rattraper l'enfant qui prend la poudre d'escampette avec son collier, il n'abandonne pas pour autant et réapparait dans les rêves de la fillette.
Celle-ci, épuisée par son aventure, rentre chez elle et se dépêche de se mettre au lit, ayant naturellement du mal à s'endormir avec le stress. Et l'animal lui apparait alors, assis sur sa poitrine, feulant juste devant son visage. J'ignore si cette image était un choix conscient de l'écrivain, mais il existe un mythe ancien qu'il raconte que le chat, maléfique, attends qu'un enfant s'endorme pour lui voler son âme. Ainsi il s'installerait sur sa poitrine pour l'étouffer, plaçant sa tête devant la bouche de sa proie afin d'aspirer son souffle, et donc sa vie.
Stephen King avait évoqué le sujet dans son histoire originale pour le film à sketches Cat's Eye, dans lequel un gros minet se retrouve confronter à un Troll minuscule qui veut justement s'emparer de l'âme d'une fillette. Dans la scène d'ouverture, coupée au montage, on découvre que l'animal avait déjà une maîtresse, un gamine assassinée par le Troll. En revenant des funérailles, la mère de celle-ci s'attaquait alors au chat en le pensant responsable, contraignant la bête à fuir et à errer en ville jusqu'à ce qu'une vision d'une autre enfant, elle aussi ciblée par le monstre, ne l'envoie sur le chemin de la rédemption.


Si le félin était un personnage positif chez King, l'occasion était ici parfaite pour en visiter le pendant maléfique. Cela aurait permis une véritable plongée dans l'horreur, avec une mise en danger du personnage principal mais sans risque d'être trop graphique ou explicite dans les péripéties (les autres nouvelles du recueil sont souvent bien plus violente, même dans l'idée générale). Cela aurait également assuré l'originalité de cette histoire, lui assurant de sortir du lot. Merde, ça semblait même totalement mis en place dès lors que l’héroïne découvrait l'avertissement "Ne dérangez pas les morts" gravé au pied de la statue, mise en garde promettant un sort funeste à quiconque violerait les sépultures !
Hélas, tout ceci n'est pas utilisé, l'auteure n'ayant pas pensée ou voulu développer ce thème, et cette petite scène n'amène finalement à rien de plus qu'un quelconque cauchemar.
Cemetery Road embraie alors sur sa conclusion, de la façon la plus plate possible. Car lorsque la jeune fille, perturbée, veut jeter un œil sur son trophée, elle réalise que celui-ci n'est plus là. Pire: le meuble où elle l'avait rangé est labouré de traces de griffes. La chose du cimetière l'a suivi jusque chez elle, et l'histoire se termine lorsque la petite fille jette un œil sur sa fenêtre. Celle-ci a volé en éclat (et personne n'a rien entendu ?) et sur le balcon se tient le chat, la fixant de ses grands yeux verts...

Vous comprendrez naturellement pourquoi j'ai cru, à l'époque, qu'il s'agissait d'une fin de chapitre plutôt que du véritable épilogue !
Comme première entrée dans l'anthologie, Cemetery Road est décevant, plat, et fait montre d'un potentiel gâché. Même tout jeune, je n'ai globalement rien ressentis devant ce texte et j'attendais simplement qu'il se passe enfin quelque chose. En fait, si ce n'était pour la couverture qui met en scène le chat et la "déception" d'époque de ne pas avoir de continuation de l'intrigue, je ne me serais sans doute jamais souvenu de cette nouvelle.
Il est évident que je ne conseille pas sa lecture, sauf peut-être pour les passionnés des félins à travers le genre Horreur / Fantastique. Éventuellement ceux qui, pour rester dans le format d'anthologie, ont aimé The Uncanny (chez nous un temps traduit par Brrr...,  véridique !), collection de trois contes macabres ou Peter Cushing essayait de nous convaincre que les chats sont des êtres naturellement malfaisant.

Et pour rester sur une conclusion en eau de boudin, je terminerai cet article en me projetant quant à l'avenir de la jeune Isabelle. Puisqu'elle devait avoir a peu près mon âge quand j'ai lu ce texte pour la première fois, il serait intéressant d'imaginer ce qu'elle est devenu alors que je réexplore son histoire.
S'il est facile de l'imaginer morte et enterrée, ironiquement gardée par la créature qui l'aurait tuée, je préfère l'idée plus réaliste de... l'adoption du matou ! Je la vois tout à fait vivante et vaquant à ses occupations, alors que sur son lit traine un gros chat noir aux yeux verts, qui ne fait rien qu'à dormir ou à se mettre sur le dos pour avoir quelques gratouillis.
Ou qui, comme Tinta, se couche sur le clavier de son ordinateur pour l'empêcher d'écrire !