lundi 17 juillet 2017

George A. Romero (1940-2017)


"I'm gonna try...not to...come back..."
Roger, Dawn of the Dead (1978)


Hier, George Andrew Romero s'est éteint à l'âge de 77 ans. Pas si âgé que ça, mais avec sa très grande taille, il devait être fragile. Cela se voyait d'ailleurs depuis plusieurs années à travers les  photos et vidéos de ses divers apparitions ici et là: sa carrure accentuait sa minceur, et il paraissait si frêle qu'il semblait pouvoir se briser au moindre choc. Et pourtant, malgré ce constat récurrent, cette impression de vieillesse avancée, George Romero faisait parti de ces gens dont on n'imagine pas qu'ils puissent disparaitre un jour. Comme s'ils étaient immortels.
Sa carrière, son premier coup d'éclat avec La Nuit des Morts-Vivants, remonte quand même à 1968. On peut ainsi dire qu'il a inventé l'ère moderne du cinéma d'horreur, débutant avant tous les autres Maîtres de l'Horreur de son temps, avec qui il partage constamment le spotlight: Wes Craven, John Carpenter, Dario Argento, Tobe Hooper, David Cronenberg ou encore Sam Raimi. Un pionnier en quelque sorte, dont les travaux ne se limitent pas qu'aux films de zombies...
C'est évidemment pour ceux-ci qu'il reste le plus connu, et s'il ne me semble pas nécessaire de revenir dessus, rappelons tout de même que la trilogie originale demeure une pierre angulaire du genre: Night of the Living Dead et Zombie sont, respectivement, parmi les titres les plus représentatifs de leurs décades. Le Jour des Morts-Vivants est un chef d’œuvre de noirceur et, personnellement, mon opus préféré du réalisateur.


Profitons cependant de l'occasion pour rappeler qu'il était bien plus intéressé par l'Homme vivant que mort, et son œuvre n'a eu de cesse d'explorer la psyché humaine et toutes les horreurs qu'elle peut générer. Plus que les zombies, c'étaient les êtres humains qui étaient au centre de sa saga ...of the Dead et encore maintenant des protagonistes comme Ben, Cooper, Flyboy ou Capitaine Rhodes existent au-delà de leurs films. Chacun étant bien plus "vrais" et mémorables, avec une seule histoire, que ne le seront les dizaines de personnages interchangeables de The Walking Dead. Triste héritage.
Mais c'est surtout à travers ses autres réalisations que l'on découvre Romero, sa passion pour les relations humaines conflictuelles et le chaos terrifiant qu'elles peuvent engendrer. Le bizarrement nommé La Nuit des Fous Vivants, alias The Crazies, est un film d'épidémie froid et quasi documentaire, critiquant vivement les procédures inhumaines qu'un gouvernement pourrait employer pour se protéger d'une catastrophe, tout en se montrant incapable dans son organisation. La guerre hiérarchique semble plus dangereuse que le virus lui-même et mènera même à la perte du remède.
L'inoubliable Martin, film de "vampire", nous plonge dans l'Amérique profonde et tout ce qu'elle a de plus intolérante, jugeant bien vite ses pairs. La folie religieuse y est fustigée et la notion de Bien et de Mal est balayée d'un revers de main dans une conclusion horrifiante qui hantera le spectateur bien longtemps après la vision du film...


Il s'agit aussi d'un film plutôt maitrisé sur le thème de la maladie mentale en son temps, surtout vu la façon dont le sujet est parfois traité dans d'autres metteurs en scène. Incidents de Parcours peut se vanter d'être le meilleur film "de singe" horrifique, faute d'une forte concurrence (Link, Shakma), et se montre fascinant dans la régression que vit son personnage principal, d'abord physique puis mentale, triomphant de son ennemi animal en devenant aussi primitif que lui. Season of the Witch, bien que mineur dans sa filmographie, donnait déjà une grosse baffe à la société et à sa manière de traiter les femmes – quelque chose que le cinéaste va sans cesse revisiter à travers ses films de zombies (le parcours des héroïnes prenant de plus en plus d'ampleur à chaque fois).
Et puis j'évoquerai le mal-aimé Bruiser, anecdotique mais intéressant dans sa représentation d'un homme insignifiant, effacé, diminué par la vie, qui retrouvera une identité justement lorsqu'un masque informe se soude à son visage. La chose souffre d'un sacré manque de budget mais distance aisément quelques semblables fait dans le même moule, tel le King of the Ants de Stuart Gordon. Enfin, comment ne pas mentionner son amitié avec Stephen King, lui aussi fervent explorateur de la connerie humaine et avec qui il a fait les quatre cents coups entre Creepshow et La Part des Ténèbres...?


Pour autant, avec ses improbables lunettes géantes qui remplacerait un gros nez rouge, George Romero était aussi une sorte de clown à sa façon. Jamais le dernier pour s'amuser, il faut le voir jeter des tartes à la crème à ses morts-vivants, refourguer un peigne à moustache à Tom Savini ou revisiter Edgar Poe à la façon des EC Comics dans Les Yeux Diaboliques. Un goût prononcé pour l'humour noir et les vieilles bandes-dessinées d'horreur qu'il partage avec Stephen King, le duo accouchant d'un Creepshow qui reste l'un des films les plus cultes (et réussi) des années 80. Loin de s'arrêter là, le gentil géant parrainera la franchise qui s'étirera avec un Creepshow 2 inférieur mais surtout la série télé Tales From the Darkside, qui possède pas mal de moments d'anthologie en plus d'avoir pavé le chemin aux futurs Contes de la Crypte qui suivront plus tard.
Et si le gore et les monstres vous rebute, il y a Knightriders. Un OVNI cinématographique qui n'a pas son pareil et qui montre une bande de chevaliers en armures médiévales chevaucher des motos à la place de chevaux ! Un film loufoque qui s'avère surtout être...un comédie dramatique plutôt touchante et un sacré cri du cœur. Symbole parfait de cet opus improbable: le casting réuni dans les premiers rôles aussi bien Ed Harris que Tom Savini.


Ces films, tous très différent mais pourtant si semblables, vont toujours plus loin que le simple divertissement auquel on les limites souvent. C'est un véritable regard sur le genre humain, l'histoire des États-Unis et les terrifiantes dérives du système. Cette filmographie est aussi noire que peut l'être l'âme humaine mais aussi lumineuse, comme seul les gens ayant une certaine finesse d'esprit peuvent se montrer. Car voyez-vous, George Romero n'était pas qu'un Maître de l'Horreur ou un cinéaste. Érudit et humaniste, il était plus qu'une simple personne. Il était une époque, un courant de pensée. Un exemple à suivre. En un mot: une légende. Et plus qu'avec tout autre, sa disparition me renvoie à quel point nous arrivons à la fin définitive de toute une génération, et d'une façon d'être qui allait avec. Maintenant, il va falloir à vivre sans...
Et alors que Internet s'enflamme à propos des "Millenials", alias la Génération Y dont je fais hélas partie et qui accumule les tares (le phénomène Social Justice Warrior qui, sous couvert de s'opposer à des questions de racisme ou de sexisme, se montre extrêmement fasciste, violente et revendiquant un politiquement correct encore pire que celui de Demolition Man), George Andrew Romero s'est éteint en écoutant la musique de L'Homme Tranquille de John Ford, son film préféré. Un départ aussi paisible que possible compte-tenu du fait que c'est ce connard de crabe qui nous l'a enlevé, et symboliquement c'est plutôt marquant...


jeudi 13 juillet 2017

Puppet Master – Axis Termination et l'état de la saga


1. Puppet Master, bilan d'une franchise

Cela fait maintenant quelques jours que la bande-annonce du prochain Puppet Master vient d'être mise en ligne par la Full Moon – à peine plus d'une semaine après celle de Cult of Chucky, quel hasard – et il y aurait bien des choses à en dire. Suffisamment en tout cas pour ressusciter la rubrique Preview pour l'occasion, chose que je ne fais plus sauf en de rares exceptions. Il faut dire que Facebook et les réseaux sociaux ont un peu changé ma façon de procéder: si autrefois tout le monde ne se branchait pas nécessairement sur YouTube pour se tenir au courant des actualités, et qu'un petit article via un blog pouvait plus facilement être partagé, aujourd'hui un lien peut être redistribué en deux clics et il n'y a même plus besoin de faire les présentations. Toutes les informations s'affichent, vous rajoutez une phrase histoire de dire, et puis hop.
Je suis toujours dubitatif devant l'idée de faire un article n'ayant que deux ou trois lignes, mais heureusement dans certains cas il y a matière à élaborer un peu, explorer le sujet au-delà du superficiel, et avec Puppet Master: Axis Termination c'est bien heureusement le cas ! On peut même commencer avec un bref rappel de l'état dans lequel se trouve la franchise, c'est-à-dire totalement délabré. On ne va pas le dire autrement, pour beaucoup la saga s'est éteinte après le troisième opus puisque les quatrièmes et cinquièmes volets montraient déjà les limites des productions Charles Band...


Tournés en même temps, l'un après l'autre, avec globalement les mêmes décors et le même casting, les films évoquaient presque plus des épisodes de série télé un peu étirés, économisant à mort sur les effets spéciaux et les décors par rapport à ses nobles prédécesseurs. D'ailleurs l'intrigue demeure inachevée puisqu'il manque un Puppet Master 6 pour la conclure ! En gros, si les trois premiers ont su s'imposer, les deux autres sont fortement anecdotique.
Mais ça c'est l'avis de certains, et il faut quand même dire que le résultat est loin d'être aussi désolant qu'on veux bien le faire croire. Oui c'est clairement un pas en arrière en terme  visuel et technique, mais la mythologie est étoffé avec notamment l'arrivée de Sutekh, en fait le dieu égyptien Seth qui est à l'origine du secret donnant vie aux pantins. Et puis impossible de ne pas s'identifier au héros, qui commande les créations d'André Toulon comme s'il était le chef d'une petite équipe de super-héros. Malheureusement la suite va aggraver les choses et la saga ne s'en remettra jamais. Un crossover avec les maléfiques jouets de Demonic Toys est prévu mais tombe à l'eau, puis c'est un gros projet qui s'écroule: la trilogie Puppet Wars, devant faire le pont entre Puppet Master III et le premier film, montrant Toulon et ses bestioles affronter une momie, un vampire et un loup-garou dans ce qui devait être un hommage aux films d'horreur gothiques d'autrefois.


C'est d'autant plus la catastrophe que Curse of the Puppet Master, le sixième film et donc premier épisode de Puppet Wars, est déjà vendu via les marchés aux films ! N'ayant pas le temps ni le budget de fournir ce qu'on leur a demandé, l'équipe de Charles Band doit improviser et livrer un film malgré l'absence de moyens et d'à peu près tout ce que nécessite un tournage. Neal Marshall Steven (alias Benjamin Carr), le scénariste génie qui est probablement la glu qui fait tenir la Full Moon à cette époque, improvise un remake du sympathique SSSSnake, troquant les serpents pour des pantins animés, et la réalisation est confié à David DeCoteau, un peu le seul gars qui dispose de l'entière confiance de Band et entre autre réalisateur de Puppet Master III. Mais il ne faut pas espérer de miracle et le résultat est à l'image de la situation: du vent, et rien que du vent. Car non seulement il ne s'y passe rien, malgré une ou deux bonnes idées (les pantins à la campagne animant un show pour touristes, leur propriétaire qui veut fabriquer sa propre marionnette vivante coûte que coûte), mais le film marque une étape importante dans la série: les effets spéciaux ne sont plus.
Le manque d'argent ne permet plus d'employer d'ingénieux mécanisme et l'agenda est trop serré pour permettre de la stop-motion. Alors on emploie des stock-shots issus des films précédents et les poupées du film sont à peine animées, se tenant généralement immobiles dans un coin de l'écran.


Bon, un film raté ça arrive et puis les conditions n'étaient pas idéales. C'est ce qu'on tente de se dire et Retro Puppet Master, le septième opus, semble nous en convaincre. Car si Charles Band enterre définitivement le projet Puppet Wars, il en garde sensiblement le concept: une préquelle se déroulant avant le premier film et racontant comment André Toulon a découvert la formule secrète égyptienne. Le film déborde de concepts et de trouvailles: l'histoire est racontée par Toulon à ses propres créations, alors en fuite après les évènements de Puppet Master III, mais nous projette encore plus loin en arrière à une époque où les célèbres pantins n'existent pas ! A la place, des prototypes grossièrement sculptés et sans peinture, œuvre d'un petit marionnettiste débutant. Comme par magie, les éléments lié à l'occulte et l'alchimie, très présent dans les deux premiers volets, reviennent sur le devant et opèrent à merveille. Un côté Steampunk s'y rajoute grâce aux rétro-pantins, et l'intrigue évoque Sutekh, se reliant aux opus 4 et 5.
Bref Retro est l'exact opposé de Curse, se montrant captivant et plus friqué qu'il ne l'est, et nous donnant envie de voir une série parallèle sur cette première génération de jouets surnaturels. L'épilogue va dans ce sens, le succès est là, la saga retrouve non seulement ses marques mais aussi son âme. C'est donc très logiquement que Charles Band... abandonne le tout encore une fois.


Charles Band est-il juste con, ou est-ce que Retro Puppet Master lui à côté un peu trop cher ? Un peu des deux sûrement, car lorsque le huitième volet est annoncé, c'est la stupeur générale. Puppet Master: The Legacy s'apparente à une blague, mais il est réel. A la manière de certains épisodes de série télé destinés à économiser le budget un maximum, le film est un clipshow, c'est-à-dire un ensemble de séquences récupérées un peu partout dans la franchise et combinées ensemble pour former une histoire incohérente. De nouvelles séquences sont tournées afin de servir de fil rouge, mais on parle de deux acteurs dans une cave. L'idée, stupide, est de faire un résumé de toute la saga, comme pour expliquer à des nouveaux venus ce dont parle Puppet Master. Ainsi une espionne se rend chez l'actuel propriétaire des marionnettes afin de les lui voler. Celui-ci la neutralise et lui demande des explication: s'ensuit d'interminables voix off sur des extraits des sept premiers films, avec cette idée aberrante de créer une chronologie compréhensible.
Quelque chose qui ne serait certainement pas difficile à faire si la saga avait été simple à ce propos, mais dans le cas de Puppet Master il faut savoir qu'il y a eu erreurs sur erreurs à propos des dates, et ça dès le début. Le premier film montre Toulon aux États-Unis, se suicidant en 1939. Puppet Master III, qui se déroule avant et le montre fuir les Nazis d'Allemagne, se déroule en 1945. Aussi, la façon dont il récupère la formule magique change radicalement, Retro Puppet Master racontant une version très différente de celle décrite dans Puppet Master II.


Tout ça pour apporter une conclusion risible, en cliffhanger, et qui ne sera là encore jamais résolue: quand bien même les poupées sont montrées être très sympathiques depuis le troisième film (elles étaient manipulées dans le premier et le second), The Legacy tente de les rendre à nouveau maléfique et joue sur l'idée d'une malédiction pour quiconque s'emparerait d'elle (en référence au titre Curse of the Puppet Master, et au titre seulement). L'espionne meurt, le propriétaire est prit d'un doute et il est attaqué par un agresseur dont on ne connaitra jamais l'identité. A ce jour, le destin des pantins de Toulon demeure un mystère total, que Charles Band ne résoudra probablement jamais.
J'ai bien mon avis sur la question et ils nous amène au neuvième film de la série: Puppet Master vs. Demonic Toys. Oui, ce vieux projet qui était tombé à l'eau a été ressuscité sous la forme d'une sorte de téléfilm. Débarquant un an après The Legacy, il pourrait en être la suite directe et on comprends mieux la "nécessitée" de réexpliquer l'histoire des poupées et de les rendre un poil plus menaçantes face aux jouets démoniaques. Cela expliquerait aussi ce qui se déroule dans le fil rouge: un mystérieux commanditaire (les méchants du crossover) engagent une espionne pour récupérer les marionnettes afin de les utiliser, mais elle échoue. Puisqu'il est d'origine surnaturelle, il interviennt alors pour les récupérer. Simple comme bonjour même si ça n'arrange pas vraiment le cas de The Legacy. Jusqu'à preuve du contraire, nous sommes censé regarder des films, pas une série télé.


Oui, et bien vous pouvez jeter tout ça à la poubelle car ce n'est pas du tout ce projette de faire Puppet Master vs. Demonic Toys. Du tout. En fait Charles Band considère même film comme "non officiel", quand bien même il a dû céder les droits pour que la chose se fasse, et que son pote Ted Nicolaou réalise. Voyez ça comme un film hors-série, reprenant des personnages et des concepts, mais changeant absolument tout le reste pour faire son propre truc. Pas étonnant puisque Sci Fi Channel ne veut pas s’embarrasser de continuité, de mythologie, ou de quoique ce soit de compliqué: on parle de la chaine qui enchaine les films de monstres en CGI à deux balles depuis près de vingt ans. Les responsables sont, à l'image de Charles Band, des types qui s'en foutent royalement et comptent juste capitaliser sur le titre pour se faire rapidement un peu d'argent. Le fan, lui, est prié d'ignorer les Puppet Master et Demonic Toys qu'il a suivi et aimé jusque là pour se farcir une imitation qui ne passerait même pas pour un fanfilm.
Dire que la chose est laide est un euphémisme, et il suffit de jeter un œil aux images sur Internet pour comprendre à quel type de projet nous avons à faire. Les pantins et les jouets sont hideux, indignent de leurs prédécesseurs. En fait de répliques, se sont littéralement des jouets, des copies fait à l'arrache et sans le moindre amour. L'animation est minimaliste à la manière des précédents opus, l'intrigue est risible et tout cela évoque plus un épisode de Fais-moi Peur ! qu'une série B  basée sur des petits monstres teigneux. L'embarras est à son comble lorsque les pantins de Toulon, terrassés par leurs adversaires, reviennent upgradés sous la forme de mini-cyborgs...


Malgré les déclarations de Charles Band, qui se détache du film et clame à qui veut qu'il ne s'agit pas de son Puppet Master, le mal est fait. La franchise est morte dans le cœur des fans et la rancœur ne fera que grandir en voyant quel genre de remplaçants vont apparaitre les années suivantes. De Evil Bong à Ooga Booga, en passant par Gingerdead Man et Doll Graveyard, Charles Band semble s'autoparodier, faire de moins en moins d'efforts et finalement apparaît pour ce qu'il a toujours été: un truand prêt à tout pour ramasser le moindre dollars et qui jamais ne changera son fusil d'épaule. Tout est dit dans Gingerdead Man 2, lorsque l'antagoniste visite un équivalent de la Full Moon ici baptisé les studios Cheatum (c'est-à-dire Cheat'em ou Cheat them, soit "trompe-les", ou "arnaque-les"), lesquels tournent l'énième séquelle de Tiny Terror, une franchise de poupées tueuses parmi lesquelles une bite avec un costard et un bonhomme avec du caca sur la tête. Et le président de la compagnie de chier sur les détracteurs, déclarant fièrement faire ce qu'il veut car il peut le faire et qu'il y aura toujours un public. Une attitude similaire à celle adoptée par Michael Bay à propos des mauvaises critiques sur ses Transformers, et criante de vérité. Charles Band s'en tape, et il préfère faire les poches de la communauté des fumeurs de joints, comme le prouve ses incessant Evil Bong.
Malin, il sait qu'enterrer la franchise sur laquelle il a bâti sa réputation serait une erreur monumentale. Et même si la poule aux œufs d'or est maintenant trop vieille et trop fatigué pour donner le gros lot, elle peut toujours chier une ou deux pépites si on la secoue un peu.


Le filou donne alors un grand coup dans la porte et annonce pas un mais trois films. Surnommé la Axis Trilogy (la trilogie de l'Axe), le projet est en fait un vieux plat réchauffé puisqu'il reprend le même principe que Puppet Wars: trois épisodes se déroulant chronologiquement entre Puppet Master III et le film original, montrant les héros aux prises avec des créatures surnaturelles et des Nazis. Toutefois Band y met une condition, et de taille: il refuse de...produire ! Et oui, avec les années 2010 et l'arrivée des sites de crowdfunding comme Indigogo, le bonhomme y voit l'occasion parfaite de continuer à faire des films sans y mettre le moindre sou: ce sont les fans qui financeront, et avec le sourire ! Il n'y a qu'à faire des montagnes de promesses, engager une ou deux pornstars pour faire la promotion et promettre quelques goodies en échange, et le tour est joué. Oui, nous en sommes là.
Et donc, entre 2010 et 2017, ce sont trois arnaques qui sont ainsi produites, respectivement Axis of Evil, Axis Rising et maintenant Axis Termination qui devrait sortir d'ici la fin de l'année. Et des deux premiers films, que je soit damné si j'en est le moindre souvenir ! J'ai en tête les grandes lignes, un ou deux détails comme cette vieille chinoise rendant hommage à Fu Manchu, et l'aspect atroce des pantins, dans la droite lignée de Puppet Master vs. Demonic Toys. En fait je peux même dire que tout ce que j'ai en mémoire de ces deux "films" pourrait passer au mixeur et ressortir comme un seul long-métrage ! Cela reflète bien le vide qui règne sur ces nouvelles séquelles, lesquels, en-dehors de quelques scènes à mettre dans la bande-annonce, n'ont rien d'intéressant à offrir. Le point de départ était pourtant prometteur, se situant juste après le suicide de Toulon dans le prologue de Puppet Master, mais avant le reste du film se déroulant à notre époque.


Malheureusement cette trilogie Axis s'avère être ennuyeuse et peu intéressante. Les prémisses sont plaisant avec les expériences Nazis, dont on n'avait qu'un bref aperçu dans le 3ème film, et il reste ce mystère de savoir comment les pantins vont retourner dans l'hôtel d'où ils ont été récupérés, afin de boucler la boucle avec le premier opus. Le reste ? Du gâchis, surtout en ce qui concerne leurs alter-ego maléfiques construits par les allemands. Axis Rising, notamment, nous montrait une horrible figurine kamikaze ouvertement raciste et dérangeante: quiconque utilise l'argument de "c'est l'époque du film qui veut ça" n'a probablement pas vu Ooga Booga, où revient cette étrange représentation du peuple Japonais. Me vient en tête l'excellente intro de Blood Dolls, un des meilleurs Full Moon de son temps, où une avocate disait la même chose en découvrant la poupée Black de l'antagoniste: "Drôle de représentation des Noirs. Vous êtes raciste ?". Il lui répondait alors avec une stupéfiante honnêteté: "Je suis raciste, bien sûr. Mais j'ai un certain sens de l'équité", avant debrandir un jouet montrant un homme de race Blanche effectivement pas mieux servi. De là à dire que Band soit comme Virgil Travis, du genre à se foutre éperdument de tout du moment qu'il parvient à ses fins, il n'y a qu'un pas que je suis totalement près à franchir !


2. Axis Termination, analyse

2017 et nous en sommes là. Les magouilles, les idéologies nauséabondes, l'économie la plus flagrante dans tous les départements. Fut un temps où Puppet Master était synonyme de série B. Désormais on pourrait dresser un parallèle avec la Politique contemporaine. Autant dire que l'annonce de Axis Termination laisse de marbre, mais, dans le doute ou par curiosité malsaine, tout le monde va y jeter un œil. Et le résultat est sans surprise similaire aux essais précédents – pourquoi en serait-il autrement ? Enfin quand je dis "sans surprise", c'est faux, et Band trouvera toujours une nouvelle façon de traumatiser son public. Mais aux premières images, il n'y a guère de changement. C'est sombre, c'est laid, les comédiens sont très amateurs, l'image haute définition n'aide pas la cinématographie (ça ressemble surtout à une vidéo YouTube) et les effets spéciaux sont ultra limités pour rester poli. Étant donné que la chose est réalisée par Charles Band lui-même, ce n'est guère surprenant: le bonhomme est l'un des moins bon metteur en scène de sa propre écurie.
Mais le plus amusant c'est que la production est tellement à la ramasse que le monteur n'a même pas été foutu de nous expliquer correctement l'intrigue ! Pour savoir exactement de quoi il est question, il faut lire le synopsis lâché par la Full Moon et surtout regarder les images dévoilées dans le dernier Vlog de Charles Band – des séquences absentes de la bande-annonce officielle ! Car, en l'état, tout ce que l'on peut comprendre c'est que les héros des premiers films sont tués, qu'un nain asiatique a récupéré les pantins de Toulon et qu'il bosse avec les Services Secrets américains, tandis que les Nazis complotent quelque chose avec leurs propres inventions...


En gros c'est le bordel et là encore ça n'augure rien de bon. Mais alors de quoi parle Puppet Master: Axis Termination alors ? Et bien déjà de la mort du couple de héros des premiers films. Visiblement ceux-ci doivent remettre la malle de Toulon au gouvernement américain, certainement suites aux évènements précédents, et sont assassinés par un Japonais qui, on l'imagine, récupère les marionnettes. D'ailleurs on retrouve celle-ci entre les mains d'un autre asiatique, le Dr. Ivan, un nain expert en sciences occultes et qui du coup pourrait éventuellement être un traitre dans la dernière partie du film. Vu l'affection de Band pour les gens de petites tailles, il y a fort à parier pour que celui-ci soit en fait un héros et qu'il s'oppose à l'Axe du Mal. Celle-ci prépare quelque chose puisque leurs Axis Puppets (Bomshell avec ses seins-canons, le loup-argou Weremacht et le robot Blitzkreig, qui est une variation de celui de Demonic Toys) sont entre les mains d'un étrange trio. On y retrouve une Fräulein autoritaire qui commande les créatures, un allemand à lunette en charge des opérations et possédant des pouvoirs surnaturels (comme la bande-annonce ne le montre pas, il semble mourir d'une balle dans la tête et revenir à la vie ensuite – peut-être s'est-il injecté la fameuse formule de Toulon, devenant un immortel à la manière de l'antagoniste du premier Puppet Master) et une femme fatale qui attire les hommes dans son lit avant de les tuer grâce à des seringues accrochées à ses doigts. Probablement juste une sbire dont le boulot consiste à injecter le sérum de Toulon à quelques malheureux pour les recycler en poupées ou en zombies...


Le film se déroule à Los Angeles en 1945, et montre comment un agent spécial, Brooks, se voit confier une mission secrète par ses supérieurs. Ildoit travailler avec le Dr. Ivan, lequel s'intéresse à une jeune femme nommée Elisa Ivanov – pas d'explication encore sur son personnage mais vu son nom russe, on peut supposer qu'elle possède des pouvoirs psychiques qui leur seront utile (pensez Cate Blanchett dans Indiana Jones 4). Du reste, on ignore encore ce qui se trame mais le résumé insiste pour dire que nos pantins sont toujours du bon côté de la barrière, s'alliant aux nouveaux héros pour combattre les Nazis. La bande est au complet et on y retrouve Blade, Jester, Pinhead, Tunneler, Leach Woman et Six Shooter. Le "destin du monde libre repose entre leurs mains"... Et si Charlie ne foire pas son film, tout sera ramené à Puppet Master premier du nom, les pantins reprenant place dans la chambre de Toulon.
Bref il n'y a rien d'extraordinaire dans toutes cette histoire qui sent même un peu le réchauffé (quelle différence avec le film précédent ?) et il faut vraiment compter sur la présence du scénariste Roger Barron pour espérer que le produit final soit un peu plus excitant. Celui-ci a déjà écrit le très bon Trophy Heads dont je vous avez dit le plus grand bien, et il est tout à fait capable de redresser la barre: le simple fait d'intégrer des ramener des médiums dans la série montre son désir de se rapprocher du film original. Pourtant certains choix demeurent étrange, comme l'idée de tuer d'entrée de jeu les héros précédents.


Axis formant une trilogie à part, le couple faisait office de point d'encrage pour le spectateur et s'il était logique de les faire disparaître pour éviter quelques soucis avec Puppet Master 1, cela aurait dû être une surprise dans la conclusion. Par exemple, on aurait pu avoir un jeune Neil Gallagher débarquant chez eux afin d'obtenir des indices, menant à sa découverte de la cachette des pantins... Pour ne rien arranger les choses, les acteurs revenant dans les rôles pour l'occasion sont ceux de Axis Rising, premier chapitre de cette mini-série. Pour des raisons obscures, ils furent remplacés par d'autres comédiens dans la séquelle avant d'apparaitre de nouveau ici pour ce qui doit être une simple apparition. Autant dire qu'enchainer les trois Axis à la chaine sera plutôt confus !
Heureusement – et premier bon point pour Axis Termination, le reste du casting semble plutôt soigné. Certes on reste dans l'amateurisme et le jeu outrancier comme si on se retrouvait dans un ersatz de production Troma (ce qu'est globalement devenu la Full Moon à ce point), mais on retrouve quelques vétérans solides comme Paul Logan, un habitué du gros B vu aussi bien chez Andy Sidaris (Return to Savage Beach) que Wynorksi (ses deux Komodos) en passant par la Asylum (Mega Piranha, The Terminators). A ses cotés quelques têtes connues, comme la jolie Robin Sydney et David DeCoteau lui-même, qui se retrouve crédité comme Flamboyant Nazi #1 !
Remarquable également, la blonde Lilou Vos dans le rôle de la prostituée aux ongles-seringues. Une pin-up très jolie qui semble faire référence aux Griffes du Cauchemar, lorsque Freddy Krueger tue Jennifer Rubin en lui donnant une overdose. Elle évoque pourtant un peu plus Fu Manchu, quand bien même la référence existait déjà dans Axis of Evil.


Mais surtout, surtout, les pantins sont de retour. Fortement dégradés à force de séquelles miteuses, les créations d'André Toulon n'étaient plus que l'ombre d'elles-mêmes, souvent enlaidies par de mauvaises sculptures et une animation exécrable. Ici au moins, elles ont l'air de se tenir. Pas sur tous les plans, mais globalement: Pinhead ressemble à Pinhead, Tunneler ressemble à Tunneler, et enfin le réalisateur semble les inclure dans des scènes un peu plus complexes, comme lorsque Blade s'extrait d'un corps à la manière d'Alien. Peut-être que je m'habitue, mais par rapport aux derniers films c'est le jour et la nuit. D'ailleurs on peut voir que pour la première fois depuis le 5ème film, Jester exprime de nouvelles émotions en faisant tournoyer son visage, et Blade retrouverait ses petits grognements vocaux, absents depuis Retro Puppet Master.
Et cela m'amène sur la nouvelle bêtise de Charlie, le passage de la bande-annonce qui laisse bouche bée et les yeux exorbité, bref la séquence qui prouve que malgré les deux ou trois bons points que je me suis creuser pour trouver, Puppet Master: Axis Termination est voué à l'échec. Car dans l'idée d'économiser sur l'animation des poupées et éviter les tracas que sont les effets spéciaux mécaniques, Charles Band a eu la superbe idée... d'utiliser le green screen. Et d'habiller quelques comédiens en pantins géants. Et ainsi, pour simuler un déplacement fluide, Blade et les autres se transforment subitement en grossiers cosplayeurs, très mal intégrés par ordinateur ! Les acteurs oublient évidemment qu'ils sont censés avoir des mouvements limités et gesticules comme le ferait n'importe qui, Band ne leur fournissant sans doute aucune indication. Exactement comme le ferait George Lucas !


J'ai beau croiser les doigts pour le script et vanter la présence de certaines personnes au générique, ce genre de pratiques détruit irrémédiablement tous les efforts qui auraient pu être fourni. Car malgré notre envie de voir Puppet Master repartir sur les chapeaux de roues, il ne faut pas oublier qui est derrière les commandes, et quelles genres d'idioties celui-ci est capable de générer.
Comme le fait que le money shot de la bande-annonce, cette séquence montrant Blade troquer son crochet pour une des seringues contenant la formule alchimique, n'est qu'une simple pub. Car il existe, depuis quelques années, une figurine du personnage rebaptisée Reanimation Blade. Un hommage à Re-Animator évidemment, dont l'ombre plane sur la saga depuis ses tous débuts (même compositeur, même producteur, recyclage d'accessoires ou de musiques). Un très beau jouet, vraiment, du genre que je désire fortement moi-même. Mais aussi un énième gadget que Band tente de nous refourguer afin d'engranger un petit peu plus d'argent. Après tout il est coutumier du fait. Je souhaite simplement que le rendu soit classe et qu'il s'intègre bien à la narration, ce que Roger Barron a sans doute réussi à faire.
Autre triste constatation pour voir jusqu'où le patron de la Full Moon est près a aller pour vendre son film: vous n'êtes pas sans savoir que Wonder Woman est récemment sorti sur les écrans et que ça cartonne ? Et bien la super-héroïne est présente dans le film. Si, si, regardez-bien la page IMDB: elle indique clairement que Diana Prince fait parti du casting, et la place en tête de la liste. Oh seulement il ne s'agit pas de Diana Prince, l'amazone de Themyscira, mais de Diana Prince... l'actrice porno !

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Et oui, la performeuse autrefois connu sous les noms de Kasey Kroft ou Kasey Poteet semble avoir récemment changé de pseudonyme. Son choix, sa carrière, et certainement une façon d'attirer l’œil sur elle. Mais du coup, parce qu'elle possède une minuscule apparition ici, sûrement le temps de montrer ses seins (Bund Girl #2, la parodie est claire), Charles Band – ou un quelconque stagiaire chez Full Moon – a modifié l'entrée afin de la placer en tête de liste. Pas sûr que cela donne le résultat escompté pour autant: sa biographie précise par exemple qu'elle a perdu sa virginité à 12 ans. Le genre de détail qui risque de ne pas plaire à tout le monde...
Concluons avec une dernière anecdote trahissant le manque total d'organisation du responsable de tout ce bordel. Alors que Torch, l'un des pantins les plus populaires de la saga, s’apprêtait à faire son retour, apparaissant même sur la pré-affiche de Axis Termination afin d'attirer le fan (belles stratégie crowdfunding visant à éveiller l'intérêt des nigauds et les obliger à donner encore plus d'argent), celui-ci est a finalement été  abandonné, Charlie n'ayant pas obtenu la somme désirée ! Non pas que sa présence aurait amélioré les choses – au contraire, tant ses capacités nécessitent des effets spéciaux compliqués à mettre en place, et que la logique veut qu'il n'existe pas à cette époque car fabriqué dans Puppet Master II, mais Torch est tellement apprécié qu'il n'est pas surprenant que son image ait été utilisé afin de faire vendre. Désormais le poster a été modifié, mais les faits sont là et ne jouent encore une fois pas vraiment en faveur de Band et de sa manière de faire...


3. Puppet Wars II

N'y a t-il plus aucun avenir pour la série ? Si Axis Termination se plante en beauté, Band risque de remettre la franchise au placard pendant un temps. Si le film triomphe, on va se retrouver avec de nouvelles séquelles sans argent pendant les années à venir et nous en serons au même stade. Mais quid du fan des Puppet Master originaux, de la mythologie d'André Toulon ? Et bien il existe, parallèlement à la saga cinéma, des alternatives qui pourraient avec le temps devenir des remplaçants bien plus intéressant. Premièrement, et produit par Full Moon, est la version comics. Une suite des films, quoique les auteurs esquivent habilement Puppet Master: The Legacy afin de ne pas se retrouver à faire des intrigues qui ne leur plaisent pas. La série est excellente, retrouvant le ton humour/horreur des trois premiers volets et ramenant divers éléments souvent délaissés par Charles Band: les rétro-pantins, Sutekh et ses momies, l'existence de pouvoirs psychiques et d'alchimie, la malédiction du "Puppet Master", où chaque propriétaire risque de voir les créatures se retourner contre lui s'il ses décisions ne conviennent pas... Les meurtres sont sanglants, les filles sont sexy, les personnages sont développés et les histoires captivantes, jouant aussi bien sur l'épouvante que sur des concepts fun (Pinhead portant un mini-masque de Luchadore !): Puppet Master, les comics, forment le parfait substitue à la saga cinéma.


Le problème ? Et bien la série est mystérieusement en pause depuis de longs mois. L'éditeur, Action Lab Comic, n'est pourtant pas en faillite puisqu'il continu de publier ses autres séries comme la rigolote Vampblade. Peut-être les droits doivent-ils être renouvelés au bout de quelques temps et Charlie n'aura pas donné suite, trop occupé par Axis Termination et l'autre projet Puppet Master pour qui il doit là aussi prêter la licence. Cette autre alternative à la saga officielle s'intitule Puppet Master: The Littlest Reich et forme le second film hors-série après Puppet Master vs. Demonic Toys. Le projet n'est toutefois pas supervisé par une quelconque chaine télé et les responsables sont de véritables fans, ayant voulu développer leur propre version de l'univers.
Un reboot en quelque sorte, qui change pas mal de chose. Le look des pantins d'une part, qui restent reconnaissables mais sont très différentes. Des marionnettes visiblement plus grandes aussi, et qui forment un groupe différent de celui que l'on connait: un nouveau venu du nom d'Happy Amphibian et quelques autres encore tenus secrets viennent remplacer quelques anciens comme Jester. André Toulon, qui sera joué par l'excellent Udo Kier, est désormais un Nazis, ses inventions semblant être redevenues maléfiques comme lors des premières itérations. Bien sûr cette relecture n'est pas nécessairement ce que le fan veut voir lorsqu'il se branche sur un Puppet Master, toutefois il faut avouer que les accessoires sont réussi et même impressionnant, que la présence d'Udo Kier rassure, et que malgré un budget minuscule, les responsables ne peuvent pas faire aussi moche et raté que la Full Moon !


Très étonnant quand même reste la façon dont la chose a été vendu, le scénariste (celui de Bone Tomahawk !) laissant sous-entendre qu'il s'agit d'une sorte de suite au film original. Difficile de raccorder les deux vu leurs nombreuses différences, mais encore une fois le chaos chronologique est propre à la saga depuis toujours. Ce n'est donc pas ce détail qui viendra ruiner cette nouvelle adaptation.
S'il faut attendre que le film sorte afin de se faire un avis, et si l'on attends toujours au moins une bande-annonce afin de se faire une idée du rendu visuel, Puppet Master: The Littlest Reich offre une situation intéressante: celle d'un reboot développé en parallèle de la saga originale, toujours active. Serait-il possible qu'à l'avenir la franchise développe deux séries en même temps ? Une sorte de mini Puppet Wars, où les pantins se feraient la guerre non pas physiquement, mais par films interposés, chacun cherchant à se mettre le fan dans  poche pour gagner ses faveurs et ainsi l'emporter sur le camp adverse ! Et si Puppet Master, la BD, profitait ensuite de cette situation pour alimenter son propre univers, piochant ici et là différent élément afin de les combiner ? Puppet Master vs. Puppet Master ?
En tout cas voilà quelque chose de bien plus passionnant que cette bande-annonce de Puppet Master: Axis Termination, qu'on se repartage sur Facebook avec une simple phrase. Peut-être y a t-il un peu de magie égyptienne dans cette franchise après tout, pour qu'elle renaisse ainsi sans cesse au fil du temps ?


samedi 8 juillet 2017

Legion of Super-Heroes / Bugs Bunny (2017)


Legion of Super-Heroes / Bugs Bunny
Special #1
(2017)


Je vais vous faire une confession: je n'ai jamais vraiment lu Legion of Super-Heroes. Sur les centaines de personnages et d'équipes qui existent au sein de DC Comics, celle-ci ne m'a pas particulièrement intéressée malgré son point de départ intéressant (les péripéties spacio-temporelle des super-héros du 31ème siècle) et en-dehors de quelques apparitions aux côtés de figures plus connus lors de crossovers et Big Event, je n'ai jamais ressenti beaucoup d'intérêt pour eux. Ma dernière expérience avec eux remonte déjà à 2012 avec Star Trek / Legion of Super-Heroes, et surtout parce que celui-ci fut publié en partenariat avec IDW, que je suivais avec attention à l'époque.
A ma décharge cela fait un moment que le titre a été mis de côté par la compagnie, qui semble les avoir totalement abandonné depuis l'horrible reboot New 52: les ventes étant mauvaises, la série est tout simplement annulée en 2013 avec juste une petite réapparition deux ans plus tard, en guise d'invités pour une story-arc dans les pages de Justice League Unlimited, avant que tous ne sombre dans les limbes au côté de quelques regrettés compagnons comme Cassandra Cain, Lian Harper ou même le bastich himself, Lobo.
Pour autant DC semble sur la bonne voie depuis ces derniers temps, via son relaunch baptisé DC Rebirth, qu'il faut voir comme une résurrection de leur univers pré New 52, mais plus ou moins fusionné avec la nouvelle mouture. Ce n'est pas parfait et il y a de sérieux problèmes (voyez le bazar autour de Superman pour vous en convaincre !) mais c'est un pas dans la bonne direction. De nombreux concepts et personnages refont leurs apparitions et il semblerait qu'il y ait quelques projets pour la Légion à l'avenir. Ainsi a t-on pu voir un de leurs anneaux, sorte d'insigne de l'équipe, dans DC Universe: Rebirth et une apparition de Saturn Girl chez Batman...


C'est également un retour grâce à ce Legion of Super-Heroes / Bugs Bunny, sorte de hors-série réalisé spécialement pour ce projet crossovers en six volumes. Rien d'officiel puisque l'idée est ici de parodier les histoires de super-héros d'autrefois, période Sixties, autrement appelée le Silver Age. Un renouveau de l'industrie qui, après les premières années glorieuses où les héros affrontaient les ennemis de la nation (le Golden Age, qui s'étale de la fin des années 30 jusqu'au milieu des années 50), a quelque peu changé sa façon d'opérer. Fini les icônes patriotiques déjouant des ennemis Nazis, communistes, japonais ou tout simplement criminels, l'heure est à la science-fiction, à la magie et au délires les plus extravaguant. Les super-vilains deviennent des extraterrestres aux noms bizarres ou des sorciers capable de transformer les voitures en saucisses géantes. Batman possède des costumes de couleur rose ou arc-en-ciel, Superman détruit le système solaire en éternuant et Jimmy Olsen épouse un gorille. Oui, il y a une raison pour laquelle DC a fini par réécrire l'Histoire de ses personnages avec Crisis on Infinite Earth, et ce n'était pas juste pour faciliter les choses aux nouveaux lecteurs...
Et du coup, la présente BD vient se moquer un peu de cette période pourtant vénérée comme une religion par les actuels responsables de la compagnie (a peu près tout ce que Grant Morrison à fait lorsqu'il bossait sur Batman était de ramener différents éléments du Silver Age pour les retravailler selon les normes actuels). L'histoire proposée, The Impostor Superboy !, reprend une ancienne itération de la Légion et l'intrigue multiplie les hommages tant par références que dans l'aventure idiote qu'elle met en scène.


Supergirl (en short rouge plutôt qu'en jupette) est mourante. Après une bataille contre Mordru le Sorcier Immortel, la Kryptonienne n'a pas eu d'autre choix que de s'infecter avec une maladie extraterrestre pour le battre, et elle succombe désormais à la fièvre qui la plonge dans le coma. Brainiac 5, le cerveau de la Légion et accessoirement le petit ami de l'héroïne, tente tout ce qu'il peut pour la sauver, en vain. Dans son désespoir il en vient à reconstruire Computo, un robot auparavant devenu maléfique et que toute l'équipe a dû affronter, en pensant que celui-ci pourra l'aider à trouver une solution. Pour s'assurer que cette nouvelle version ne le trahisse pas, il le programme pour ressentir l'Amour et ainsi éprouver de forts sentiments pour chaque membre de la Légion...
Ensemble ils découvrent que leur unique espoir réside dans un atome très particulier mais désormais disparu. Celui-ci existant encore au XXIème Siècle, ils conviennent d'alerter leur idole, Superboy, afin qu'il récupère l'élément et leur ramène à travers le temps. Computo 2 est envoyé sur place mais se désintéresse mystérieusement de Clark Kent pour favoriser... Bugs Bunny, lui aussi fermier à Smallville à cette époque ! Autant dire que lorsque celui-ci est renvoyé au 31ème Siècle sans explication, c'est la surprise générale et tout va très vite dégénérer...
Bugs, perdu, ne demande qu'à rentrer chez lui, et lorsque Brainiac 5 désire l'étudier au cas où il posséderait l'atome sur sa personne, la situation tourne vite à la bagarre générale, les héros tâchant d'attraper le lapin qui ne va pas se laisser faire. Et c'est alors que débarque le cyborg Validus, ennemi surpuissant de la Légion, qui commence à tout détruire... ciblant principalement Supergirl !

 

La suite n'est pas difficile à deviner: Bugs, un brave gars doté d'une conscience, ne peut pas laisser ce monstre tuer l'héroïne et va s'associer à la Légion pour l'en empêcher. Là-dessus le scénariste, Sam Humphries, ne cherche pas du tout à surprendre et tout s'enchaine avec une extrême prévisibilité: les super-carottes de Bugs Bunny lui permettent de se transformer en Super Rabbit, lui conférant tout un tas de pouvoirs. Ces mêmes légumes possèdent évidemment l'atome rare permettant la guérison de la Kryptonienne, ce qui règle la situation. Il est alors renvoyé chez lui et passe pour un sauveur aux yeux des super-héros qui lui dressent une statue à côté de celle de Superboy.
Tout cela est volontaire, l'histoire étant un simple fil rouge à la parodie et à l'enchainement de situations improbables. Car à la manière d'un épisode de Teen Titans Go !, le comic est conscient de ce qu'il raconte et joue constamment dessus: Legion of Super-Heroes / Bugs Bunny donne dans le meta (rendez-vous ici, quatrième paragraphe, pour ceux qui ne comprenne pas le terme). Ainsi lorsqu'un personnage utilise une expression quelconque, un astérisque vient nous expliquer qu'il s'agit d'un argot du 31ème siècle, nous offrant un équivalent afin que nous puissions comprendre. Ces mêmes notes de l'éditeur finissent par péter un câble à force de devoir référencer d'anciens numéros, chaque petite étoile renvoyant à d'autres notes accompagnées là encore d'astérisques... jusqu'à ce que le responsable abandonne la partie, ce qui lui amène des problèmes lorsque la narration se rend compte qu'il ne fait plus son travail et décide de le virer... Bref !


Le langage de la bande-dessinée est détourné et lire les ballons de pensées devient un exercice hilarant, chacun s’apitoyant exagérément sur son sort à longueur de temps à l'exception de Timber Wolf, qui lui irait bien se bouffer un steak. Ces crises existentielles sont plus tard expliquées être l’œuvre de Computo 2, qui peut paralyser quiconque en l'accablant de doutes et de mauvaises pensées. Lorsqu'il essaye sur Bugs, celui-ci brise le quatrième mur et nous avoue qu'il est trop "Looney" pour être affecté toute manière. Un personnage a une vision des évènements à venir, avec une reprise de la fameuse couverture de Crisis on Infinite Earth où Superman tient le corps de Supergirl dans ses bras, et déclare ouvertement qu'il s'agit d'un hommage – même chose lorsque Super Rabbit vainc Validus dans une image reprenant la célèbre couverture d'Action Comics #1.
La résolution même de toute l'affaire tient de la blague puisque Computo déclare que s'il a fait appel au cyborg pour détruire Supergirl, c'était bien par amour: le robot étant amoureux de Brainiac, il était tout simplement jaloux. Enfin il faut mentionner ce passage où la Légion évoque une certaine loi Levitz (du nom de Paul Levitz, président de DC entre 2002 et 2009) qui régule... le recyclage de sous-intrigues !
Comme on le voit ça délire sec, et c'est tout naturellement que le livre est chargé ras la gueule de blagues et de références, au point qu'il devient parfois difficile de tout suivre. Outre la couverture du comic qui est une reprise de celle de Adventure Comics #247, qui signait la première apparition de la Légion et fut de nombreuses fois parodiée auparavant, il y a plusieurs renvois aux Looney Tunes, a commencer par Super Rabbit qui remonte à 1943, dans l'épisode homonyme réalisé par Chuck Jones.


L'atome permettant de sauver Supergirl, qui porte le nom de Illudium Phosdex et a disparu aux alentours du 24,5ème siècle, est une référence à un épisode de Duck Dodgers (lui-même reprenant l'Illudium à Marvin le Martien, comme vu précédemment dans Martian Manhunter / Marvin the Martian). Bugs Bunny mentionne Private Snafu et, en découvrant qu'il a voyagé dans le futur, tire la même tronche que dans l'épisode Haredevil Hare, datant de 1948. Le lapin lance sa fameuse réplique "Of course you realize this means war" et sort une pancarte "Yipe !" au moment propice.
Intéressant est la façon dont les "capacités" de Bugs Bunny sont interprétées par la Légion. Car les protagonistes de Looney Tunes n'obéissent à aucune règle et peuvent faire ce qu'ils veulent sans être ennuyé par la moindre logique: ils sont immortels, peuvent déformer leurs corps et faire apparaitre ou disparaitre des objets à volonté en plus de déjouer les lois de la physique. Certains lecteurs de DC ont tendance à surnommer cela la "Toonforce", en référence à la Speedforce, un des concepts qui régit l'univers des super-héros ; et justement ici, Lightning Lass suppose que Bugs est en fait doté talents spéciaux comme la télépathie et le don de téléportation.
Enfin il serait impossible de ne pas citer Captain Carrot, un autre personnage de "super lapin" appartenant à DC. S'il ne date pas du Silver Age, cela n'empêche pas l'auteur de lui faire plusieurs clins d’œil, à commencer par les carottes spéciales que Bugs doit grignoter pour obtenir ses super pouvoirs. Plus obscur: lorsqu'il se travesti en Wonder Woman un bref instant, ressemblant alors à Wonder Wabbit, personnage appartenant à la même planète de méta-animaux.

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De son côté l'univers DC n'est pas en reste et offre ses propres gags, comme cette petite pique à Dark Knight lorsque Bugs Bunny est décrit comme "The Hero Smallville Deserves" ou quand Timber Wolf déclare que celui-ci aurait plus sa place à la Legion of Super-Pets étant donné ses origines animales. Les costumes des héros sont également une source de plaisanterie, la sexy Shadow Lass confessant qu'elle a toujours froid dans sa tenue et Dream Girl prenant des poses lascives à chacune de ses apparitions, méritant du coup totalement son nom de code. Un bon point que l'artiste en charge soit Tom Grummett, plutôt doué pour mettre en valeur l'anatomie féminine.
Entre autres choses, notons aussi que la maladie dont est atteinte Supergirl est nommée "Rigel fever", une probable référence à la Rigelian fever, maladie originaire du système Rigel dans Star Trek: Enterprise. Et avec ça je pense avoir été aussi complet que possible concernant le contenu de  Legion of Super-Heroes / Bugs Bunny. Un livre particulièrement chargé, et pourtant ce n'est pas fini: comme pour le crossover précédent, il dispose lui-aussi d'un petit bonus sous la forme d'une mini-histoire supplémentaire. Celle-ci, baptisée Tales of the Legion of Super-Heroes et que l'on doit entièrement à Juan Ortiz, n'est en fait qu'un remake de la précédente. Exactement la même histoire, exactement les mêmes personnages, mais dans un style différent. Le truc ? Et bien il s'agit ici d'une version sérieuse de ce crossover, écrit et dessiné à l'ancienne comme un véritable comic-book datant des années 60 ! L'intrigue efface toutes les références, les gags et le ton léger, préférant prendre au sérieux le sort de Supergirl et prétendre que l'intrusion de Bugs Bunny est un véritable cadeau du ciel pour les super-héros malgré une légère altercation lors de leur rencontre.


Certains n'ont pas compris la nécessité de cette seconde BD puisque trop similaire à l'autre, sans comprendre que tout l'intérêt de Legion of Super-Heroes / Bugs Bunny repose sur l'hommage au Silver Age. La parodie, c'est bien, mais cela reste facile et il convenait de rendre justice au sujet avec un petit quelque chose de plus... authentique. Le responsable s'est déjà illustré (c'est le mot !) par le passé avec quelques travaux au style volontairement rétro, notamment à travers Star Trek pour qui il a signé de nombreuses affiches et posters tant en comics que pour certains épisodes des séries. Il nous permet également d'obtenir plus d'informations "véritables" concernant l'intrigue, la liaison entre les personnages, etc. Dans le genre c'est du travail d'orfèvre, a tel point que si l'histoire principale plaçait Superboy et Bugs dans le "présent" du XXIème siècle, ici on parle bel et bien du XXème. Ce sont parfois les petits détails...
L'humour demeure malgré tout, crossover Looney Tunes oblige, comme la raison pour laquelle Bugs accepte ici de voyager dans le futur (c'est toujours mieux que de traire des vaches !) ou lorsqu'il drague Lightning Lass avant d'embrasser son petit ami, Ultra Boy, qui se montrait fort mécontent. Fidèle à lui-même, le super-lapin triomphe de Validus en lui faisant bouffer une carotte-dynamite géante.
Il est vrai que les lecteurs occasionnels risquent de ne pas trop s’appesantir sur ce Tales of... après avoir lu l'histoire précédente, tant en raison de l'effet de "répétition" que de l'aspect rétro, mais il faut vraiment souligner cette envie de rendre hommage à une période ancienne de l'industrie tout en se donnant les moyens d'en rire. Vu l'état dans lequel Marvel (papier) plonge le genre à force de conneries (ce Mal moderne du Social Justice Warrior), voilà qui est précieux.



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jeudi 6 juillet 2017

Martian Manhunter / Marvin the Martian (2017)


Martian Manhunter / Marvin the Martian
Special #1
(2017)

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DC Comics et les Looney Tunes c'est une longue histoire qui remonte jusqu'aux années 90, lorsque la Warner Bros. s'associa avec l'éditeur pour un partenariat fructueux: une série régulière qui persiste encore à ce jour avec 237 numéros depuis 1994, les adaptations des films Space Jam et Looney Tunes: Back in Action, et puis bien sûr la fameuse mini-série Superman & Bugs Bunny, où déjà les super-héros de la Justice League clashaient avec les Toons fous lorsque le Dodo et Mxyzptlk s'associaient pour les faire tourner en bourrique. Dans la conclusion, les habitants du "Looniverse" deviennent des membres à part entière de la Ligue !
Dans la série Duck Dodgers, en 2003, Daffy devient le Green Lootern et affronte Sinestro avec le reste du Corps. En 2015, DC Comics produit une série de vingt-cinq variantes de couvertures pour quelques unes de leurs séries, chacune montrant les personnages interagir entre eux de façon amusante: Batman s'attaque à Rocky et Mugsy, Flash fait la course avec le Roadrunner et Speedy Gonzales, Wonder Woman joue la Walkyrie pour Elmer à l'opéra, Sam le Pirate est en pleine fusillade avec Deathstroke, etc.
Ce mois de juin 2017 marque une nouvelle étape avec l'arrivée de six comics assez particuliers. Pas vraiment des crossovers, mais plutôt une réinterprétation des Looney Tunes au sein de l'univers DC. Comme si la bande à Bugs Bunny n'avait jamais été des héros de dessins animés mais plutôt des seconds couteaux dans les pages de Batman et consorts.


En cela ce nouveau projet évoque un peu le concurrent IDW, qui a déjà eu quelques idées similaires avec ses Infestations et équivalents: plutôt que de montrer différents héros s'associer contre une menace commune, leurs histoires présentent le même antagoniste envahir différents titres, adoptant un aspect et un comportant différent en fonction de chaque série afin de s'adapter aux mieux à celles-ci. Qu'il s'agisse de zombies, d'abominations lovecraftiennes ou des martiens de Mars Attacks !, l'idée demeure: offrir de multiples interprétations pour un même point de départ, en fonction des personnages.
C'est pareil ici avec six histoires qui sont totalement indépendantes les unes des autres et dont le style diffère en fonction des héros auxquelles elles sont associées. Celle avec Batman s'apparente à un film Noir, celle avec Jonah Hex donne dans le western ultra-violent, Wonder Woman joue sur les créatures mythologiques, Lobo est ce qui se rapproche le plus d'un cartoon avec cette touche de cynisme qui le caractérise et Legion of Super-Heroes est un hommage au Silver Age et à ses délires nonsensiques.
Avec une parution au rythme de deux comics par semaine, la série débute via Martian Manhunter / Marvin the Martian, probablement le titre le moins remarquable du lot mais qui s'avère parfait pour entrer dans le bain. Comme le titre l'indique, la BD fait simplement se rencontrer les deux personnages, qui ne pourraient pas être plus différents l'un de l'autre...


Car après tout l'un est un défenseur de l'humanité, membre de la Justice League ayant adopté notre monde après la destruction du sien. Grand, fort et calme, il use avant tout de ses pouvoirs psychiques pour remplir ses missions. L'autre est un être de petite taille, colérique, susceptible et souvent seul. Il désire détruire la Terre pour des raisons insignifiantes et dispose pour cela de tout un arsenal de haute technologie. L'opposition est simple à exploiter et cela fait pour un bon rapport héros / vilain que le lecteur, même occasionnel, peut facilement appréhender. Qui plus est, la nature d’extraterrestre de Marvin fait que, même revisité, celui-ci conserve beaucoup d'éléments "cartoon" de son répertoire. De quoi ne pas trop surprendre celui qui est venu pour l'aspect Looney Tunes du livre.
Ainsi retrouve-ton l'inévitable "Illudium Q-36 explosive space modulator", arme préféré du martien qui n'est portant qu'un gros bâton de dynamite, une soucoupe volante en gélule à laquelle il faut rajouter de l'eau afin de la faire apparaître (une référence aux "martiens instantanés" des dessins animés), et le personnage lâche sa célèbre réplique "Isn't that lovely ?" lorsqu'il ne tire pas sur tout ce qui bouge avec son pistolet désintégrant. Enfin, si le personnage a été redessiné afin de correspondre aux graphismes de DC, il garde son apparence originale et demeure parfaitement identifiable.
Bref pour ce qui est d'intégrer Marvin au sein d'une histoire de Martian Manhunter tout en respectant la source d'origine, les écrivains (Steve Orlando, qui a planché sur l'actuel crossover Batman / The Shadow, et Frank J. Barbiere) ont fait du bon boulot.


Tellement même, qu'il est permis de dire que Marvin ferait une très bon ennemi régulier pour le super-héros ! Un autre "dernier martien" avec qui il aurait une forte connexion, un besoin de communiquer avec ce semblable, tout en devant s'opposer à lui malgré tout. Et ce Martian Manhunter / Marvin the Martian en représenterait le parfait premier numéro puisque mettant en place toute cette dynamique au sein d'une intrigue marquant leur première rencontre. Intitulée Best Intentions, celle-ci raconte comment J'onn J'onzz découvre à travers la télévision un message caché en langue martienne, possiblement un signal de détresse. Dans l'espoir de retrouver l'un des siens, il réactive l'invention qui l'avait sauvé de la destruction de sa planète et ouvre un portail d'où émerge bientôt un extraterrestre, M'arvinn,  qui lui apparaît très dissemblable. Et en effet, s'il s'agit bien d'un martien, celui-ci provient en fait d'un univers parallèle, avec toutes les différences que cela implique.
De plus celui-ci lui explique que sa transmission de communication a été brouillée par la technologie humaine et qu'il ne s'agit pas du tout d'un appel à l'aide: c'est une offre à tous les martiens existant à travers le multivers connu qu'il a lancé, cherchant ceux qui auraient besoin d'aide pour détruire leur version de la Terre ! (et le crossover d'avoir le potentiel d'inclure Mars Attacks ! dans de futures histoires – si seulement !) Le fait est que, comme J'onn, M'arvinn est le dernier représentant de son peuple, Mars ayant presque été détruite par les Terriens irresponsables.


Ayant été le seul à percevoir la menace qu'ils représentaient, il a échoué à convaincre les siens du danger et considère l'humanité comme primitive et dangereuse. Après avoir anéanti la planète dans son univers, il en a découvert une infinité d'autres à travers le multivers et, parce qu'il pense qu'aucun martien ne devraient endurer les mêmes tourments que lui, s'est donné la mission de les protéger. C'est tout naturellement qu'il pense que J'onn l'a invité pour se débarrasser de son "problème" et il l'entraine avec lui dans sa quête de destruction. Imaginez donc la tête du super-héros qui, passé la surprise de découvrir un autre martien, doit maintenant l'empêcher de détruire son monde adoptif... Et M'arvinn de ne pas l'écouter, gambadant à droite et à gauche, insaisissable, totalement braqué sur son objectif, et donnant l'impression d'assister effectivement à une improbable course-poursuite à la Looney Tunes.
Quand l'un s'enfuit en vaisseau spatial, l'autre le poursuit en lui volant après. Quand M'arvinn balance une bombe qui fait exploser un avion, J'onn doit sauver celui-ci et faire face au mécontentement des voyageurs. Un des martiens s'attaque à une base militaire, et c'est naturellement l'autre qui prend à sa place. Et le script de nous rajouter un troisième larron sous la forme de Solovar 5000, un robot qui, avec ses quatre bras et ses défenses, apparait comme une référence aux martiens du John Carter of Mars de Edgar R. Burroughs. Une clin d’œil parmi d'autre, tout comme la présence d'une Aera 52 assurément reprise à Looney Tunes: Back in Action,  où elle renfermait déjà pas mal de créatures de SF d'une autre époque...


Bref, voilà qui est fort sympathique même si tout cela ne réinvente rien. Malgré le fort potentiel, l'absence de certains éléments se fait cruellement ressentir (pas de martiens blancs même s'ils sont évoqués, J'onn n'utilise pas ses dons de métamorphe et M'arvinn ne dispose ni de K-9 ni de ses autres créatures) et prouve que l'idée aurait mieux fonctionné sur une mini-série plutôt que sur un simple one-shot. Cependant la conclusion est bien amenée et rappelle à quel point Martian Manhunter est un personnage puissant et capable de surprendre le lecteur.
Graphiquement la BD est finalement très simple et sans grands exploits notables, à l'image de l'histoire qu'elle illustre, toutefois le plus remarquable reste la transformation de l'univers Looney Tunes en mode DC. Marvin conserve sa grosse tête noire et ronde, avec ses larges yeux, ainsi que sa tenue de centurion bien qu'elle soit plus détaillées et mise au norme anatomique. Il reste de ce fait totalement reconnaissable et l'artiste joue avant tout sur son langage corporel pour lui permettre de s'exprimer, lui faisant transmettre différentes émotions malgré son absence de visage. Passé la surprise de le voir si différent, il faut reconnaitre que ce design lui convient parfaitement, fusionnant comme il faut les deux univers.
Concluons ce tour d'horizon avec The (Next to the) Last Martian, un petit bonus qui fait office de version Bizarro de l'histoire précédente. Écrit par Jim Fanning et dessiné par John Loter (deux experts en comics basé sur... Disney !), celui-ci montre plutôt ce qui arrive lorsque c'est J'onn qui est intégré au Looniverse, adoptant un style et une attitude typique de leurs cartoons.


L'intrigue, se situant clairement dans une autre continuité que la précédente, fonctionne comme un remake inversé: ici c'est Marvin qui se trouve dans son univers, voulant comme d'habitude détruire la Terre, jusqu'à ce qu'arrive le Martian Manhunter. Débarquant de nulle part, celui-ci se présente à son alter ego qui ne peut visiblement supporter un autre martien doté de super-pouvoirs. La guerre est déclarée et J'onn œuvre ici comme un Bugs Bunny, mais en plus gentil, esquivant tous les pièges et jouant l'empêcheur de tourner en rond. Il use et abuse de ses dons de transformations (se changeant en Bugs, Daffy et Porky) tandis que son adversaire tente de se débarrasser de lui avec l'aide de son fidèle K-9, utilisant des appareils vendus par ACME et les fameux "cookie" Oreo pour lesquels le super-héros à une addiction. En gros, presque tout ce qui manquait à Best Intentions se retrouve ici.
La BD est extrêmement courte, tant parce qu'il ne s'agit que d'un supplément que pour reprendre le format des dessins animés classiques, et au final elle apparait plutôt agréable malgré qu'elle soit totalement insignifiante.
Voilà donc beaucoup de points positifs pour ce Martian Manhunter / Marvin the Martian, bien qu'il soit l'un des moins bons comics du lot. L'humour est présent, les idées sont là, tout fonctionne parfaitement, mais il manque juste un petit quelque chose pour le rendre vraiment mémorable. Car il faut le dire, s'il n'y a rien à lui reprocher, il ne propose rien d'extraordinaire non plus et c'est surtout son concept qui retient l'attention. 


C'est probablement pour cela qu'il fut, avec Legion of Super-Heroes / Bugs Bunny, le premier a paraître en boutique. DC semble avoir eu conscience de la différence de qualité entre les divers histoires produites pour ce projet, et a choisi de les sortir dans un ordre croissant de réussite, commençant par les plus médiocres pour graduellement s'améliorer jusqu'à une conclusion en beauté. Pas une mauvaise stratégie de vente si vous voulez mon avis, car nous avons ici véritablement l'impression de progresser à force de lecture plutôt que de se retrouver avec l'habituelle anthologie mitigée où il faut faire son tri, faisant pour une expérience en dents de scie.




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